Dakar, 04 mars( SL-INFO)- Le 25 février 2026 marque le 107ème anniversaire de la naissance d’une figure majeure de l’intelligentsia et de la scène politique sénégalaise. Un parcours jalonné de succès académiques pionniers, mais également de ruptures institutionnelles ayant conduit à de lourdes sanctions judiciaires.
Selon une rétrospective détaillée publiée par Sud Quotidien sous la plume de l’historien Harouna Amadou Ly, Abdoulaye Ly, né le 25 février 1919 à Saint-Louis, a profondément marqué le XXe siècle africain. Produit du système scolaire colonial, il obtient son baccalauréat au Lycée Van Vollenhoven en 1938 avant d’être mobilisé au Maroc entre 1939 et 1943, d’où il revient avec le grade de sergent.
Son cursus universitaire le mène ensuite en France, à Montpellier, Paris et Bordeaux. Parallèlement à ses études, il s’investit dans les mouvements étudiants africains tels que le G.E.P.A., l’O.C.E.A.N. et le G.A.R.E.P., qu’il fonde. Il y milite aux côtés de personnalités comme Amadou Mahtar Mbow, Assane Seck ou encore Cheikh Hamidou Kane. En 1954, il franchit un cap académique historique en soutenant une thèse sur l’évolution du commerce français d’Afrique noire, devenant ainsi le premier Sénégalais titulaire d’un doctorat d’État en histoire.
De retour au Sénégal la même année, il intègre l’IFAN où il dirige la Section d’Histoire. Sur le plan politique, sa trajectoire s’accélère à la fin des années 1950. Nommé ministre de la Production en 1957, il co-fonde le Parti du Regroupement Africain – Sénégal (PRA-Sénégal) le 20 septembre 1958. Sous son impulsion, cette formation appelle à voter « Non » au référendum du 28 septembre 1958 proposé par le général de Gaulle, prônant une indépendance immédiate.
Après l’indépendance de 1960, Abdoulaye Ly s’oppose ouvertement à la concentration du pouvoir autour du tandem formé par Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Cette posture critique culmine lors de la campagne électorale de décembre 1963, où il est accusé d’« appel à la rébellion ». Arrêté en 1964, l’historien est condamné à deux ans de prison. Il sera finalement amnistié le 4 avril 1965.
Réhabilité le 15 juin 1966, il retrouve une fonction gouvernementale en tant que ministre de la Santé et de l’Action sociale, axant son action sur la modernisation des infrastructures et le renforcement des services en zone rurale.
Sur le plan intellectuel, son ouvrage de 1956, « Les Masses africaines et l’actuelle condition humaine », reste une référence dans la critique du colonialisme. Éloigné des fonctions ministérielles à partir des années 1970, Abdoulaye Ly s’est éteint le 31 mai 2013 à l’âge de 94 ans. L’intégralité de son fonds d’archives est aujourd’hui conservée à l’IFAN.
