Dakar, 16 fév (SL-INFO) – Le siège des Éditions L’Harmattan Sénégal a servi de cadre, ce samedi 14 février 2026, à une rencontre littéraire qui a rapidement dépassé le simple cadre de la présentation d’ouvrage. En cette journée symbolique de Saint-Valentin, le public a échangé avec l’écrivain Paul Sédar Ndiaye autour de son roman « L’Équilibre du cœur ». Loin de la romance classique, les débats se sont focalisés sur les nouvelles tensions qui traversent la société sénégalaise, notamment l’impact des outils numériques sur la confiance conjugale.
Animée par Badara Dafé, la séance a réuni des figures telles que le professeur Thierno Guèye, le colonel des douanes Habib Ampa Dieng et Waly Ba. L’ouvrage de 120 pages, présenté par l’auteur comme une invitation « à trouver son équilibre » entre peur, désir et confiance, a servi de déclencheur à une discussion vive sur la notion de transparence à l’ère du digital. Le point d’orgue des échanges a concerné la gestion de l’intimité numérique. La question de l’accès aux téléphones, aux mots de passe et à la géolocalisation a divisé l’assistance. Selon le compte-rendu de Sud Quotidien, deux visions se sont affrontées : celle percevant le partage total des accès comme une preuve irréfutable de solidarité, et celle défendant la nécessité d’un « jardin secret » pour la santé mentale des conjoints. Le professeur Thierno Guèye a notamment souligné que la volonté de tout expliquer et de tout surveiller risquait d’altérer la part de mystère inhérente à l’amour, rappelant que l’essentiel réside dans la capacité à vivre sans justification permanente.
Dans le roman, cette problématique est incarnée par les personnages d’Alassane et Yeume. Ces derniers optent pour une voie qui tranche avec certaines attentes sociales : celle de l’autonomie financière et émotionnelle plutôt que la fusion totale. Un choix narratif qui, selon notre confrère Sud Quotidien, a suscité de nombreuses interrogations dans la salle sur la définition même du couple moderne au Sénégal. Au-delà de la technologie, le poids des traditions et de la famille élargie a constitué le second axe majeur de réflexion. Les participants ont débattu des sacrifices imposés par l’honneur familial, illustrés dans le livre par le personnage d’Amadou, qui utilise les dettes de sa famille pour faire pression sur son ménage. Sur ce point, Habib Ampa Dieng a insisté sur la confiance en soi comme rempart contre l’insécurité personnelle, affirmant que l’amour doit consister à « marcher côte à côte plutôt qu’à se posséder ».
L’auteur, revendiquant l’héritage du philosophe Kocc Barma Fall, positionne son œuvre comme un miroir des mutations en cours, où les références occidentales et les valeurs traditionnelles africaines cherchent une nouvelle articulation.
