Dakar, 25 mars(SL-INFO) – De longues files de motos et de voitures s’étendent sous le soleil devant les stations essence de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), où le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran suscite des craintes de pénurie et de hausse des prix.

Corridor crucial du transport d’hydrocarbures, le détroit d’Ormuz dans le golfe Persique est aujourd’hui bloqué par les forces iraniennes, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.

Pour la RDC, qui importe la quasi totalité du pétrole consommé par ses plus de 100 millions d’habitants, une pénurie risquerait de paralyser une économie largement dépendante du transport routier pour la distribution de marchandises. Le pays ne dispose d’ailleurs que d’un seul pipeline terrestre, qui achemine le pétrole importé depuis le port atlantique de Matadi (ouest) jusqu’à Kinshasa.

Le ministère de l’Economie congolais a assuré lundi, dans un communiqué, qu’il « n’existe pas de pénurie de carburant et que des stocks de produits pétroliers sont disponibles et suffisants pour approvisionner l’ensemble du territoire ».

Et pour tenter de débloquer la situation aux pompes, il a annoncé des exemptions de frais de douane et le « renforcement » des avances aux sociétés pétrolières, « dans un contexte de tensions liées à la situation géopolitique au Moyen-Orient », a-t-il précisé, sans toutefois donner de précisions sur les sources exactes d’approvisionnement en pétrole vers la RDC.

Pourtant, au bord d’une artère de la capitale, les conducteurs de motos agrippés à leurs guidons jouent des coudes depuis plusieurs jours, tout en donnant de la voix, pour se faire une place dans la cohue et s’assurer quelques litres de carburant devenu rare.

« Il y a des collègues qui sont là depuis 4 heures », déplore Emmanuel Gédeon Nzunzi, l’un de ces chauffeurs de taxi-moto essentiels pour les déplacements des quelque 17 millions de Kinois habitués à suffoquer dans les embouteillages de la mégapole surpeuplée.

Les pénuries temporaires ne sont pas inhabituelles dans le vaste pays d’Afrique centrale aux infrastructures vétustes. Mais cette fois, la menace vient de loin: « On a vu sur les réseaux sociaux, les gens parlent de la guerre en Iran », croit savoir Marcel, qui fait le pied de grue devant sa moto taxi.

« Pression »

« Nous n’avons pas de stocks ? » s’agace Moise Ilunga, conducteur de taxi-moto. « Il faut arrêter cette guerre, il faut négocier avec l’Iran, on souffre ».

Les distributeurs de carburant, qui oscillent entre crainte de voir les prix du baril flamber et prix à la pompe régulés, sont pointés du doigt comme responsables de cette subite pénurie.

L’Etat congolais régule les prix à la pompe, qui s’élèvent à l’équivalent d’environ un dollar (2.440 francs congolais) par litre dans la province de Kinshasa, et verse des subventions aux acteurs du secteur pétrolier pour combler la différence avec le prix réel.

Emery Mbasthi, vice-président de l’Association des pétroliers du Congo, dit à l’AFP craindre « d’écouler les réserves sans être en mesure de les renouveler ». Il réclame aux autorités de revoir à la hausse le prix du litre à la pompe ou d’augmenter les subventions.

Les prix du baril ont déjà augmenté depuis le début de la guerre en Iran et « les pétroliers ont l’habitude de mettre la pression sur le gouvernement pour revoir les prix du carburant » en gardant leurs stocks, explique à l’AFP Jacques Mukena, chercheur à l’institut congolais Ebuteli.

Mais le gouvernement congolais « ne va pas revoir à la hausse ce manque à gagner immédiatement », ajoute le spécialiste.

Augmenter les subventions aux distributeurs de pétrole pèserait lourdement sur le budget de l’Etat, tandis qu’augmenter les prix à la pompe aurait « un impact politique et social », souligne M. Mukena.

La RDC, où la population est l’une des plus pauvres au monde, est particulièrement vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole.

Moïse Ilunga affirme que les motards comme lui doivent désormais s’affranchir de 1.000 francs congolais de bakchich pour avoir le droit de remplir leurs réservoirs à la pompe: « Avec ces coûts, je vais devoir demander plus d’argent aux clients » pour la course, explique Marcel, au milieu du brouhaha de moteurs et de klaxons qui sature l’atmosphère kinoise.

La primature a affirmé mardi que la RDC disposait de stocks pouvant alimenter le pays jusqu’en juin et promis, pour l’heure, de limiter la hausse des prix à la pompe.

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