Dakar, 23 fév (SL-INFO) – Pour obtenir un prêt important, une banque demande presque toujours une garantie. Le plus souvent, il s’agit d’un bien immobilier, une maison, un terrain, un entrepôt, susceptible d’être saisi en cas de non-remboursement. Mais encore faut-il que ce bien soit juridiquement reconnu et clairement identifié. C’est là qu’intervient le cadastre.

Le cadastre est un registre public qui recense et cartographie les parcelles de terrain, en indiquant leur localisation, leur superficie et l’identité de leurs propriétaires. Il permet de savoir avec précision à qui appartient quoi, et d’éviter les conflits ou les doubles attributions. Dans les pays où il est complet, numérisé et régulièrement mis à jour, il constitue une pièce maîtresse de la sécurité juridique et du financement de l’économie.

Au Sénégal, comme dans plusieurs pays africains, la situation est plus complexe. Une grande partie des terres ne dispose pas d’un titre foncier définitif. Les droits d’occupation reposent souvent sur des décisions administratives locales, des délibérations municipales ou des reconnaissances coutumières. Ces documents peuvent attester d’un usage, mais ils ne garantissent pas toujours un droit de propriété pleinement sécurisé et opposable à tous.

Pour les banques, cette incertitude représente un risque. En cas de défaut de paiement, elles doivent pouvoir vendre le bien mis en garantie. Si la propriété est contestable, mal enregistrée ou sujette à litige, la valeur du collatéral devient incertaine. Résultat, même un entrepreneur disposant d’un terrain ou d’un bâtiment peut se voir refuser un crédit faute de titre foncier clair.

Les effets sont particulièrement sensibles pour les petites et moyennes entreprises. Beaucoup possèdent des actifs réels, mais non immatriculés. Dans un contexte où le secteur informel représente plus de 40 % du produit intérieur brut selon la Direction de la prévision et des études économiques, cette impossibilité de mobiliser le foncier comme garantie freine l’investissement productif. Les projets d’extension, d’achat de matériel ou de transformation agricole restent limités par l’accès restreint au financement.

L’absence d’un cadastre fiable ne constitue donc pas un simple problème administratif. Elle bloque la transformation d’un patrimoine foncier en capital économique. Un terrain sans titre sécurisé est une richesse figée. À l’inverse, un bien clairement enregistré devient un levier pour obtenir des ressources, développer une activité et créer de l’emploi.

Des programmes de modernisation foncière et de digitalisation sont en cours, avec l’ambition de mieux cartographier et sécuriser les parcelles. Leur réussite conditionnera en partie l’élargissement de l’accès au crédit. Tant que la propriété restera juridiquement floue, les banques continueront de prêter avec retenue. Derrière le débat foncier se joue en réalité une question centrale de développement économique.

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