Dakar , 02 avril (SL-INFO) – Dans un paysage institutionnel où partir est souvent plus difficile que durer, certains choix méritent d’être salués. Le départ d’Adama Lam de la tête de la Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal (CNES) en fait partie.

Ingénieur en génie civil, doté d’une solide culture financière, entrepreneur aguerri notamment dans le secteur stratégique de la pêche, Adama Lam incarne cette génération de bâtisseurs dont la légitimité repose sur l’expérience, la rigueur et l’engagement dans l’économie réelle. Son accession à la présidence de la CNES, en mars 2021, intervient dans un contexte particulier, marqué par le décès de Mansour Cama. Dans ce moment de fragilité institutionnelle, son choix s’impose comme une évidence. Il est alors unanimement perçu comme la figure capable d’assurer la continuité et de préserver un héritage structurant pour le patronat sénégalais. Mais il ne s’est pas contenté d’assurer une transition : il a consolidé, structuré et repositionné l’institution.

Sous son impulsion, la CNES a retrouvé de la lisibilité, du crédit et une place dans le débat économique national. Il a porté une vision exigeante : celle d’un patronat organisé, responsable et pleinement engagé dans la transformation économique du pays. Son plaidoyer en faveur d’un rapprochement entre la CNES et le CNP témoigne de cette volonté de dépasser des fragmentations devenues contre-productives.

Car la réalité est là, et elle mérite d’être assumée : le patronat sénégalais demeure structurellement dispersé, parfois captif de logiques sectorielles ou d’intérêts individuels, au moment même où les enjeux exigent cohérence, puissance collective et vision stratégique. Cette dispersion n’est pas sans conséquence : elle affaiblit la capacité d’influence, dilue les positions et retarde les transformations nécessaires. Mais c’est au moment de son départ que la portée de son action prend toute sa dimension.

Dans notre environnement, les transitions apaisées restent l’exception. Trop souvent, les responsabilités sont prolongées, les renouvellements différés, et les fonctions finissent par se confondre avec des positions à préserver, au détriment de l’institution. Ce glissement silencieux fragilise nos organisations et les éloigne des réalités, alors même qu’à l’heure des mutations économiques, sociales et générationnelles que traverse notre pays, le patronat comme les organisations syndicales ne peuvent plus différer leur transformation : le renouvellement n’est plus une option, il s’impose. Refuser cette évolution, c’est prendre le risque d’institutions de moins en moins représentatives, de plus en plus déconnectées, et finalement contournées.

En choisissant de préparer la relève et de passer le témoin avec sérénité, Adama Lam pose un acte qui dépasse sa personne : il introduit une norme, celle de replacer l’institution au-dessus des individus. Pour l’avoir fréquenté, je peux en témoigner : Adama Lam est un homme d’une grande humilité, profondément rassembleur, habité par un patriotisme sincère et animé d’une générosité sans commune mesure. Une générosité discrète, mais réelle, qui explique le respect qu’il inspire.

Son départ ouvre une page pour la CNES. Mais il ouvre surtout une ligne de démarcation pour l’ensemble du patronat, des organisations professionnelles et syndicales de notre pays : entre ceux qui auront le courage d’évoluer, et ceux qui choisiront de s’accrocher.

L’exemple est là. Il est clair. Il est exigeant. Reste à savoir qui aura le courage de s’en inspirer. Car au fond, ce n’est pas le pouvoir qui élève un dirigeant, c’est sa capacité à s’en détacher.

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *