Dakar, 27 fév (SL-INFO) – De façon régulière, les instituts statistiques publient un taux d’inflation calculé à partir d’un panier représentatif de biens et services. Ce chiffre sert de référence aux autorités monétaires, aux entreprises et aux marchés. Pourtant, pour une large partie des ménages, le ressenti ne correspond pas toujours à la variation moyenne affichée. L’impression d’un renchérissement plus marqué du coût de la vie alimente un décalage croissant entre indicateur officiel et expérience quotidienne.
L’explication tient d’abord à la composition du panier de l’indice des prix. Il repose sur une structure moyenne de consommation. Or, les ménages modestes consacrent une part beaucoup plus importante de leurs revenus à l’alimentation, au transport et à l’énergie. Lorsque ces postes augmentent plus rapidement que la moyenne, l’inflation ressentie devient plus élevée que l’inflation mesurée.
Entre 2022 et 2023, la flambée mondiale des prix des céréales et des huiles végétales — avec un pic historique atteint en mars 2022 avant un reflux progressif mais incomplet en 2023, s’est traduite par une augmentation significative du coût du riz importé, du blé et de l’huile sur le marché sénégalais. Selon les données de la FAO et de la Banque mondiale, l’indice mondial des prix alimentaires a atteint en 2022 son plus haut niveau depuis 2011, avant de se replier tout en demeurant supérieur à ses niveaux pré‑crise.
Parallèlement, la forte hausse des cours internationaux du pétrole en 2022, suivie d’une détente relative en 2023, a entraîné un renchérissement des produits énergétiques. Même lorsque les États amortissent partiellement ces hausses par des subventions, les effets indirects se diffusent dans les transports et les coûts de distribution. Pour les ménages dont une part importante des dépenses est consacrée au transport urbain et à l’alimentation, l’impact est immédiat.
La dimension géographique accentue également le décalage. Les coûts du logement dans certaines zones urbaines ont progressé plus rapidement que l’inflation moyenne, notamment dans les capitales et grandes agglomérations où la pression foncière est structurellement élevée. Or, le logement représente une part importante des dépenses en milieu urbain, mais son évolution est ressentie de manière plus aiguë que ne le suggère l’indice agrégé.
L’inflation perçue est aussi liée à la fréquence des achats. Les produits alimentaires et les transports sont payés quotidiennement ou hebdomadairement. Une variation répétée sur ces postes marque davantage que la stabilité relative de biens achetés occasionnellement.
Ce décalage ne signifie pas que la statistique officielle est erronée. Elle respecte une méthodologie harmonisée. Mais elle reflète une moyenne nationale, alors que le pouvoir d’achat se vit à l’échelle du ménage. Comprendre cette distinction permet d’expliquer pourquoi un taux d’inflation modéré peut coexister avec un sentiment diffus d’érosion du niveau de vie.
