Dakar, 11 fév (SL-INFO) – À 75 ans, le guitariste Syran Mbenza dévoile « Rumba Africa », son dixième album solo. Si cette œuvre réunit les grandes figures du genre autour d’une production soignée, elle s’inscrit dans un contexte particulier pour l’artiste, marqué par la résurgence surprenante d’une de ses anciennes compositions lors d’un événement sportif planétaire aux États-Unis.
L’anecdote illustre la portée intemporelle de l’œuvre du musicien. En février 2020, lors de la mi-temps du Super Bowl à Miami, les regards de plus d’un milliard de téléspectateurs étaient braqués sur Shakira. Ce que le grand public ignorait alors, c’est que la boucle sonore accompagnant la star colombienne pendant une trentaine de secondes provenait directement du répertoire de Syran Mbenza. Il s’agissait de « Icha », un titre paru initialement en 1991 sur l’album *Symbiose*. Intégré à la fin du tube « Waka Waka », cet extrait a suffi pour relancer l’intérêt autour du guitariste congolais. En Colombie, le morceau a été assimilé à la champeta, style local hérité de l’Afrique, provoquant une explosion des écoutes sur les plateformes de streaming, une performance statistique rare pour une production vieille de trois décennies.
Pour l’artiste, cette résurrection médiatique valide une conception exigeante de la musique. Selon nos informations reprises du *Quotidien*, Syran Mbenza oppose la durabilité de la rumba traditionnelle aux productions actuelles qu’il qualifie de « fast-food ». Il estime que la recette des années 90 — belles mélodies et structures couplet-refrain soignées — reste indémodable. C’est cette philosophie qui irrigue son nouvel opus, « Rumba Africa ». Loin de la précipitation, l’album privilégie le temps long, comme en témoigne le titre d’ouverture « Caro ya Manyéma ». D’une durée de six minutes, le morceau évolue d’une apparente tranquillité vers une frénésie instrumentale, marque de fabrique du genre.
Pour ce projet, l’ancien des groupes Quatre Étoiles et Kékélé s’est entouré de valeurs sûres. On retrouve notamment Fofo le Collégien, ancien du Quartier Latin de Koffi Olomidé, aux guitares rythmiques, ainsi que le saxophoniste Jimmy Mvondo et l’accordéoniste Viviane Arnoux. Une équipe technique rodée pour porter une vision qui, comme l’a prouvé l’épisode du Super Bowl, traverse les époques.
