Dakar, 11 mars (SL-INFO) – À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’accès aux instances judiciaires s’est retrouvé au centre des débats à Dakar. Lors d’une rencontre organisée par l’Association des femmes des médias publics (AFMP), les discussions ont mis en évidence le fossé persistant entre les textes de loi et leur appropriation par les justiciables, particulièrement en milieu rural.

Le panel, tenu le mardi 10 mars à la Maison de la Presse Babacar Touré autour du thème « Médias, justice et droits de la famille », a permis d’identifier les freins à l’exercice effectif des droits des femmes. Invitée à prendre la parole, la juge Aïssatou Faye Konté a pointé une difficulté majeure : la méconnaissance quasi généralisée du Code de la famille.

Pour combler cette lacune, la magistrate a formulé une recommandation précise. Comme le rapporte Sud Quotidien, elle plaide pour une traduction intégrale du Code de la famille en langues nationales. « Il faut que le Code de la famille soit traduit en langues nationales pour que les femmes sachent où mettre les pieds et puissent accéder plus facilement à la justice », a-t-elle affirmé lors de son intervention.

Au-delà de la barrière linguistique, la juge a détaillé les obstacles sociologiques et économiques qui bloquent l’accès aux tribunaux. Dans de nombreuses zones rurales, le poids des traditions entre en contradiction avec le droit formel. Saisir la justice reste perçu comme un acte de défiance envers la communauté. La magistrate a souligné qu’une femme décidant de porter plainte contre son mari s’expose à un rejet social sévère, pouvant aller jusqu’au bannissement de sa localité.

À cette pression sociale s’ajoute une contrainte financière directe. L’éloignement géographique des juridictions et les frais inhérents aux procédures découragent de nombreuses initiatives. « On vous demande de payer l’enrôlement alors que vous n’avez même pas les moyens de transport pour vous rendre au tribunal », a déploré Aïssatou Faye Konté.

La représentante de la justice a également interpellé la presse sur le traitement des litiges familiaux. Elle a mis en garde contre la tendance à la « justice spectacle » alimentée par certains médias et les réseaux sociaux, recommandant aux journalistes une plus grande rigueur pour préserver la dignité des personnes impliquées avant tout jugement. Sur le plan institutionnel, elle a appelé à une révision des dispositions du Code de la famille qu’elle juge discriminatoires, citant notamment les survivances de la puissance maritale, la préséance masculine et l’interdiction de la recherche de paternité.

La rencontre s’est accompagnée d’une démarche de terrain. La présidente de l’AFMP, Matel Bocoum, a soutenu la nécessité de dépasser le stade de la victimisation pour apporter des réponses applicables. Dans cette optique, l’association a couplé ce panel à des séances de consultations juridiques gratuites axées sur le droit du travail et de la famille.

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