Dakar, 18 fév (SL-INFO) – Au sein de l’Union économique et monétaire ouest africaine, la norme communautaire qui plafonne le déficit public à 3 % du produit intérieur brut s’inscrit dans une logique de stabilité collective. Elle vise à éviter les dérives budgétaires susceptibles d’ébranler la confiance dans la monnaie commune et de fragiliser l’ensemble de la zone. Dans un espace caractérisé par une politique monétaire centralisée et un régime de change fixe, la discipline budgétaire constitue l’un des principaux instruments de cohérence macroéconomique.

Cette règle répond à une préoccupation tangible. Des déficits élevés, financés par l’endettement, peuvent exercer une pression sur les marchés financiers régionaux, accroître le coût du crédit et affaiblir la crédibilité extérieure des États membres. En fixant un seuil commun, l’Union cherche à prévenir les déséquilibres excessifs et à garantir une trajectoire compatible avec la soutenabilité de la dette. La norme des 3 % agit ainsi comme un signal adressé aux investisseurs, aux partenaires techniques et aux agences de notation, attestant d’un engagement partagé en faveur de la prudence budgétaire.

Cependant, l’application uniforme de cette règle suscite des interrogations dans des économies confrontées à des besoins massifs d’infrastructures, de services sociaux et de transformation productive. Les États de l’Union doivent financer l’éducation, la santé, l’énergie ou les transports dans des contextes de croissance démographique rapide et de vulnérabilité aux chocs extérieurs. Lorsque les recettes fiscales demeurent limitées, le respect strict du plafond peut conduire à différer certains investissements structurants ou à réduire des dépenses sociales sensibles.

La contrainte est d’autant plus perceptible que les économies de l’Union restent exposées à des aléas externes tels que la volatilité des prix des matières premières, les variations climatiques ou les cycles financiers internationaux. Dans ces circonstances, la politique budgétaire joue un rôle d’amortisseur. Un cadre trop rigide peut restreindre la capacité des gouvernements à soutenir l’activité lors d’un ralentissement ou à mobiliser des ressources exceptionnelles face à une urgence.

La question n’oppose donc pas discipline et développement, mais interroge l’articulation entre stabilité et flexibilité. Un cadre crédible renforce la confiance et limite les excès, mais il gagne à intégrer des mécanismes d’ajustement tenant compte des cycles économiques et de la qualité des dépenses engagées. La capacité à distinguer les déficits liés à la consommation courante de ceux consacrés à l’investissement productif demeure centrale dans l’appréciation de la soutenabilité.

La règle des 3 % conserve une fonction d’ancrage indispensable dans une union monétaire. Elle n’épuise toutefois pas le débat sur la conduite des finances publiques dans des économies en transformation. L’enjeu réside dans la recherche d’un équilibre entre rigueur collective et marge d’action nationale, afin que la stabilité ne se traduise pas par un affaiblissement durable des capacités d’investissement et de croissance.

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