Dakar, 20 fév(SL-INFO)- Le gouvernement sénégalais a franchi une nouvelle étape dans la modification du Code pénal. Lors de son récent Conseil des ministres, l’Exécutif a adopté un projet de loi visant spécifiquement l’article 319, qui réprime les actes qualifiés d’« impudiques ou contre nature ». Si les organisations religieuses saluent cette initiative, les débats autour de son application ont mis en lumière un ajustement technique majeur de la part de ses promoteurs historiques.
Selon les informations rapportées par le journal Sud Quotidien, cette réforme gouvernementale a pour objectif premier de lever les équivoques juridiques entourant l’article 319. Le texte prévoit une définition stricte des faits incriminés, un durcissement des sanctions, ainsi que l’introduction de nouvelles mesures répressives ciblant directement l’apologie et le financement de ces actes.
L’ONG islamique Jamra, par la voix de son dirigeant Mame Mactar Guèye, a qualifié cette adoption d’« avancée pénale significative ». L’organisation, qui avait déposé une proposition de loi similaire en 2016, dresse un parallèle avec la loi de janvier 2020 criminalisant le viol et la pédophilie, espérant une force de dissuasion équivalente.
Cependant, l’évolution de ce dossier a poussé certains acteurs à revoir leur argumentaire. Invité sur le plateau de l’émission « Rfm Matin », Serigne Babacar Mboup, coordonnateur du mouvement And Samm Djiko Yi, a concédé que son organisation avait initialement promis aux Sénégalais la « criminalisation » de l’homosexualité sans en mesurer toutes les conséquences procédurales.
Des experts juridiques ont en effet alerté le mouvement sur les implications d’une telle qualification en droit pénal. La criminalisation formelle entraîne automatiquement un mandat de dépôt en cas d’arrestation, une disposition qui ouvrirait la voie à des placements en détention jugés potentiellement excessifs sur le plan procédural. Face à cet obstacle, le mouvement privilégie désormais le durcissement des peines, considéré comme une réponse technique plus adaptée pour atteindre l’objectif dissuasif recherché.
Ce projet de loi sera prochainement soumis à l’Assemblée nationale pour examen. Cette procédure législative intervient dans un climat social particulier, exacerbé par l’arrestation récente d’un réseau de personnes accusées d’actes contre nature et de transmission volontaire du VIH.
