Dakar, 07 avril(SL-INFO)- La polémique enfle, mais la vérité scientifique, elle, reste implacable. Au cœur des débats, le médecin hématologue Serigne Mourtala Gueye, professionnel au Centre national de transfusion sanguine (CNTS). Interpellé et mis en cause dans l’affaire Pape Cheikh Diallo et Cie, son cas intéresse bien « les chroniqueurs des réseaux sociaux ». Sauf que, pour la plupart, ils sont dangereusement dans l’amalgame avec des arguments sans aucun fondement scientifique. Ils sèment le doute sur la sécurité transfusionnelle instaurée jusque-là et qui sauve des vies. Cela malgré les mises en garde des praticiens sur un dangereux dérapage.
En effet, face à la vague de désinformation, le CNTS n’est pas resté silencieux. Dans un communiqué officiel, l’institution a tenu à rappeler des principes essentiels, fondés sur la rigueur scientifique et l’éthique médicale. Elle y précise notamment que la sécurité transfusionnelle repose sur des protocoles stricts, incluant le dépistage systématique de toutes les poches de sang, indépendamment de l’identité des agents de santé qui y travaillent. Le centre insiste également sur le fait que les caractéristiques personnelles d’un médecin, notamment son orientation sexuelle ou son statut sérologique, n’ont aucun impact sur la qualité ni la sécurité du sang transfusé.
Autrement dit, le CNTS démonte clairement les thèses alarmistes relayées sur certains plateaux et réseaux sociaux. Des discours où des intervenants, parfois sans aucune compétence avérée en santé publique, se permettent d’agiter des peurs irrationnelles, allant jusqu’à présenter un praticien comme un « danger public ».
Cette dérive est grave. Elle ne vise pas seulement un homme, mais fragilise tout un système. Car en jetant le doute sur la fiabilité d’une structure aussi stratégique que le Centre national de transfusion sanguine, ces prises de parole irresponsables risquent d’éroder la confiance des populations. Moins de confiance, c’est potentiellement moins de dons de sang. Et moins de dons, ce sont des vies en danger.
Il faut le dire clairement : ce n’est pas Serigne Mourtala Gueye qui menace la santé publique, mais bien la désinformation. Une désinformation qui prospère dans un écosystème médiatique où l’audience prime parfois sur la vérité, où le sensationnel écrase la rigueur.
Dans un pays engagé depuis des années dans la lutte contre le VIH/Sida et pour la promotion d’une santé accessible et sécurisée, ces discours constituent un recul préoccupant. Ils ravivent des stigmatisations que les politiques publiques tentent justement de déconstruire.
Informer, ce n’est pas désigner des boucs émissaires. Informer, c’est s’appuyer sur des faits, sur la science, sur la responsabilité. Le communiqué du CNTS a le mérite de recadrer le débat. Encore faut-il que ceux qui occupent l’espace public acceptent d’écouter.
