Dakar, 07 mars (SL-INFO) – À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le ton se veut revendicatif plutôt que festif. Dans une tribune publiée par le journal Sud Quotidien, les militantes féministes Suzanne Sy et Binta Astel Niane, membres du mouvement Luy Jot Jot Na, dénoncent une « célébration folklorisée » du 8-Mars. Elles y dressent le bilan des acquis institutionnels au Sénégal tout en listant les réformes juridiques qui restent à mener.
Le document rappelle que les droits des femmes au Sénégal ont été arrachés par la mobilisation citoyenne. Parmi les avancées majeures citées figurent l’interdiction des mutilations génitales féminines (MGF) en 1999, bien que l’Unicef relève encore un taux de prévalence de 25 % en 2022. Sur le plan politique, la loi sur la parité de 2010 a permis d’atteindre 41 % de femmes à l’Assemblée nationale (68 députées sur 165), même si leur présence au sein du gouvernement stagne à 13 %. Les auteures soulignent également la réforme du Code de la nationalité de 2013, instaurant l’égalité de transmission, ainsi que la criminalisation du viol actée en 2020. Des progrès sont aussi notés dans l’éducation, avec un taux brut de scolarisation des filles atteignant 91,2 % à l’élémentaire en 2022.
Au-delà de ces progrès, la tribune met en exergue quatre revendications actuelles pour corriger les inégalités persistantes. La première concerne la réforme du Code de la famille de 1972. Les militantes pointent l’âge légal du mariage, maintenu à 16 ans au lieu des 18 ans exigés par le Protocole de Maputo, ainsi que l’autorité parentale structurée autour de la primauté paternelle.
Le deuxième axe porte sur la reconnaissance juridique des féminicides. Avec 18 cas recensés en 2025, le texte plaide pour une qualification pénale spécifique, estimant que le droit actuel ne rend pas compte de la nature précise de ces crimes.
Le troisième point aborde le droit à l’avortement. Le Code pénal sénégalais l’interdit strictement, sauf en cas de danger pour la vie de la mère. Les signataires demandent l’intégration dans le droit national de l’article 14c du Protocole de Maputo, ratifié par le Sénégal en 2004, qui autorise l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste.
Enfin, le document publié par Sud Quotidien exige une redéfinition des violences sexuelles. Les auteures dénoncent la qualification fréquente des agressions en « attentat à la pudeur », une notion qu’elles jugent héritée d’une conception morale superficielle, et appellent à combler ce vide juridique pour sanctionner ces actes à la hauteur de leur gravité.
La tribune s’achève sur un appel à préserver les droits conquis et à poursuivre la mobilisation, les signataires estimant que l’histoire des droits des femmes au Sénégal reste faite de résistances persistantes.
