Dakar, 16 fév (SL-INFO) –  Après un démarrage en trombe dans le rap dans les années 2000 avec son tube énervé « J’pète les plombs », puis un passage sous les radars, Disiz a réussi à renaître en 2025, porté par un duo avec Theodora.

Cette résurrection s’est concrétisée aux Victoires de la musique, où il a été sacré artiste masculin de l’année, dans la nuit de vendredi à samedi.

Comme « Le poisson rouge », titre de son premier opus, Disiz nage à contre-courant dans l’océan musical français. Hors-format, il a créé la surprise en revenant, loin de l’univers percutant de ses débuts, avec « melodrama », une chanson pop mélancolique aux sonorités rétro qui évoque rupture amoureuse et blessures intimes.

« Il pleut de l’eau javel / Ça fait de l’aquarelle / Sur les couleurs de la vie sans elle », chante Disiz aux côtés de Theodora, phénomène de l’année 2025, dans ce morceau qui caracole en haut des classements et des playlists.

Il donne une nouvelle visibilité au rappeur-chanteur et à son 14e album studio, « on s’en rappellera pas », florilège de morceaux sensibles, plus souvent chantés que rappés.

A 47 ans, Disiz veut prouver que le renouvellement artistique est possible, quand la musique est faite avec le cœur. Un nouveau public l’encense: l’artiste vient de réaliser six concerts complets à l’Olympia.

– Grands écarts –

Débarqué sur la planète rap une vingtaine d’années plus tôt, Serigne M’Baye Gueye – à l’état civil – a grandi en région parisienne. A Évry, quartier des Épinettes, il traîne au grand centre commercial du secteur, s’abreuve d’émissions radio consacrées au rap et écoute avec passion une génération d’étoiles nommées NTM et IAM.

« Et j’écrivais, j’écrivais, je m’imaginais être une star du rap », retrace-t-il pour Konbini.

Ado baignant dans la précarité, il enregistre ses premières maquettes dans un studio de la ville, surtout fréquenté par des rockeurs. « Mes chansons étaient très nulles », raconte-t-il dans cette interview de 2018.

Ses débuts au sein du groupe Rimeurs à gages, puis avec son projet « C’que les gens veulent entendre (Bête de bombe) » sorti en 1999, attirent l’attention.

Connu à l’époque comme Disiz La Peste, il intègre le collectif One Shot, sous la houlette des patrons du rap marseillais: ce groupe spécialement formé pour la B.O de « Taxi 2 » reçoit un bon accueil critique.

Le film sort en 2000, année où Disiz explose avec son premier album et surtout « J’pète les plombs », qui le révèle au grand public. Le morceau dépeint un homme ulcéré, à bout et qui a tout perdu (« ma femme, mon gosse, mon job »).

Malgré des débuts prometteurs, la suite s’avère plus compliquée. Peinant à capitaliser sur ses premiers succès, il part au Sénégal – pays de son père absent pendant l’enfance – où il enregistre plusieurs titres.

« La thématique principale, je m’en rends compte aujourd’hui à mon âge et après tout ce que j’ai fait, c’est l’enfance. Ce que tu vis dans ton enfance, c’est prédéterminant pour ce que tu vas être plus tard », analyse-t-il dans « Clique » (Canal+).

Entre succès et égarements, Disiz mute peu à peu, abandonne « La Peste » et même « Peter Punk », autre surnom pendant sa phase électro-rock, et revendique une « musique plus instinctive, sans mettre d’étiquette dessus ».

Son retour sur le devant de la scène témoigne de la longévité mais aussi des vicissitudes de son parcours. L’artiste offre une musique pile dans le tempo de l’époque, à la croisée des genres et des références. Les siennes sont éclectiques, convoquant Tolstoï, Nina Simone… et Mario Kart.

Il aime les grands écarts: en 2005, il collabore avec Yannick Noah sur « Métis(se) ». Vingt ans plus tard, il s’offre un duo avec Laurent Voulzy, intitulé « surfeur ».

Père divorcé de cinq enfants, l’artiste s’est par ailleurs essayé au cinéma, a joué Othello au théâtre Nanterre-Amandiers en 2013 et a écrit deux romans.

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