Kaffrine, 25 mars(SL-INFO) – À Kaffrine, voir une femme diriger un chantier relevait presque de l’exception il y a quelques années. Casque sur la tête, bottes aux pieds et plans en main, Sira Diallo a pourtant décidé très tôt de tracer sa voie dans le bâtiment, un métier encore très peu exercé par les femmes dans la région. Aujourd’hui, elle est technicienne de bâtiment, cheffe de chantier, épouse et mère engagée dans son foyer. Un parcours construit entre courage, sacrifices et passion.

Après ses études élémentaires à l’école 9, puis au CEM 1 Babacar Cobar Ndao et au lycée Babacar Cobar Ndao en série S2, Sira Diallo échoue au baccalauréat. Mais loin d’abandonner, elle rebondit rapidement en réussissant le test d’entrée au Centre national de formation des maîtres d’enseignement technique et professionnel de Kaffrine, où elle obtient un BEP en bâtiment.

Déterminée à aller plus loin, elle poursuit sa formation à Diamniadio, où elle décroche successivement les diplômes de chef d’équipe puis de chef de chantier. Elle débute comme stagiaire sur des chantiers à Kaffrine puis à Dakar. Là-bas, les débuts sont particulièrement difficiles.

« Au début, je ne gagnais parfois que le transport. Mais je n’ai jamais regretté mon choix. Je savais qu’un jour j’allais réussir », raconte-t-elle avec sérénité.

À son retour à Kaffrine, un autre combat commence : celui du regard des autres.

Dans les rues comme sur les chantiers, sa tenue de travail suscite parfois des moqueries. Certains proches doutent même de son choix. Sur le terrain, certains ouvriers hésitent à accepter l’autorité d’une femme.

« À Kaffrine, ce n’était pas habituel de voir une femme dans les chantiers. Même mes propres sœurs riaient parfois. Mais cela ne m’a jamais découragée », confie-t-elle.

Avec le temps, sa rigueur et son professionnalisme imposent le respect. Aujourd’hui, Sira Diallo gagne des marchés à Kaffrine et dans d’autres localités, et propose des travaux clés en main allant de la maçonnerie à la plomberie, en passant par le métallique et le carrelage. Elle dirige ses équipes avec exigence et n’hésite pas à rompre un contrat lorsque les normes de construction ne sont pas respectées.

Pour elle, la question de la qualité des constructions est essentielle, surtout dans un contexte marqué par des effondrements de bâtiments parfois signalés dès la phase d’élévation.

« Nous devons respecter les normes. C’est une responsabilité pour tous les techniciens », insiste-t-elle.

Son sérieux est confirmé par Khalil, technicien de bâtiment et ancien promotionnaire.

« Depuis notre formation, Sira est restée fidèle à ses principes. Elle a toujours été rigoureuse sur les normes de construction. Elle a subi beaucoup de moqueries au début, mais elle est restée concentrée sur son travail. Aujourd’hui, elle s’impose naturellement sur les chantiers », témoigne-t-il.

Malgré les exigences du métier, Sira Diallo réussit à concilier vie professionnelle et responsabilités familiales. Elle souligne d’ailleurs le soutien important de son mari et de sa belle-famille dans son parcours.

« Chaque jour est pour moi une journée du 8 mars. Je me sens fière quand je suis sur un chantier, entourée de ciment, de briques et de béton. Ce métier est plus qu’un travail pour moi, c’est une passion », dit-elle avec conviction.

Aujourd’hui, les moqueries ont laissé place au respect. À Kaffrine, Sira Diallo n’est plus seulement une femme dans les chantiers. Elle est devenue un exemple pour beaucoup de jeunes filles qui hésitent encore à s’engager dans les métiers techniques. Une trajectoire inspirante qui prouve que la compétence n’a pas de genre.

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *