Dakar, 23 jan(SL-INFO)- Le premier congrès du Syndicat des médecins privés du Sénégal (SMEPS), tenu hier jeudi à Dakar, a été l’occasion pour les acteurs du secteur libéral de lancer un ultimatum symbolique. « Sans le secteur privé, la souveraineté sanitaire du pays reste une illusion », a souligné le docteur Abdou Kane Diop, président du syndicat. En effet, entre revendications économiques et ambition stratégique, le privé veut désormais co-diriger l’avenir médical du Sénégal.

La fin du complexe du « lucratif »

Le Docteur Abdou Kane Diop, président du SMEPS, a ouvert les débats en brisant un vieux tabou : celui de l’argent dans la santé. Pour lui, il est temps de cesser de diaboliser le secteur privé sous prétexte qu’il est lucratif. « Le but fondamental est de soigner. Que cela soit exercé dans le privé ne change rien à la mission », a-t-il martelé. Avec 45 % de l’offre de soins nationale et 35 000 emplois créés, le privé n’est plus un « complément » mais le moteur d’une machine qui pèse plus de 1 000 milliards de FCFA. De l’introduction du premier scanner aux interventions chirurgicales les plus complexes, c’est lui qui porte l’innovation technologique du pays. 

Pourtant, derrière la vitrine technologique, le secteur étouffe. Le plaidoyer du SMEPS a mis en lumière des blocages jugés « archaïques » par les praticiens. Des tarifs fossilisés : des honoraires bloqués depuis plusieurs décennies malgré l’explosion des coûts de fonctionnement. Le diktat des tiers payants : une absence de régulation qui permet aux assureurs d’imposer des délais de paiement asphyxiants pour les cliniques. Un vide législatif : l’absence d’un statut spécifique qui protégerait l’acte médical de la simple qualification commerciale.

L’État capitule devant l’évidence

Face à cette démonstration de force, le ministre de la Santé, Ibrahima Sy, a dû acter ce partenariat de raison. La souveraineté sanitaire, pilier de l’Agenda Sénégal 2050, ne pourra se faire sans une « fusion fonctionnelle » avec le privé.

Le gouvernement a ainsi promis des réformes concrètes. Il s’agit entre autres de la révision immédiate de la nomenclature des actes professionnels, de la mise à jour des honoraires médicaux (textes en cours de finalisation) et de la refonte du Code de la santé pour favoriser l’investissement dans des infrastructures privées de haut niveau.

L’enjeu est désormais d’arrêter de dépendre de l’extérieur pour les médicaments et les technologies de pointe. En revendiquant leur place stratégique, les médecins privés ne demandent plus seulement l’autorisation d’exercer, ils exigent de devenir le bras armé de l’intelligence économique sanitaire du Sénégal.

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