Dakar, 24 mars(SL-INFO) – La chambre criminelle du tribunal de grande instance de Thiès a été, ce lundi 23 mars, le théâtre d’un long procès concernant une affaire qui avait marqué la capitale du Rail. La juridiction a examiné le meurtre de la Belge José Christiane Tielmans, dite Aminata, survenu le 4 octobre 2020 au quartier Thiès-None.

Le prévenu, A. Sarr, son mari, est jugé pour meurtre, violation des lois sur les inhumations et recel de cadavre. Sa première épouse, R. Sène, est quant à elle poursuivie pour non-assistance à personne en danger.

Les faits

Selon l’acte d’accusation, José Christiane, âgée d’environ 70 ans, avait quitté la Belgique après sa retraite pour s’installer au Sénégal. Après un séjour à Thiès, elle a rencontré A. Sarr, entrepreneur en bâtiment, avec qui elle a noué une relation amoureuse ayant abouti à un mariage. Par la suite, elle a décidé de construire une maison à Thiès-None et a débloqué des fonds qu’elle a remis à A. Sarr pour la réalisation du projet.

Par la suite, l’homme a installé sa première épouse R. Sène et ses enfants dans le domicile de la Belge, ce que cette dernière n’a pas accepté. Dès lors, le couple se disputait fréquemment. Les deux vivaient dans un climat tendu jusqu’au jour où José a demandé à A. Sarr de faire partir sa famille de la maison. Ce dimanche-là, une nouvelle dispute a éclaté. C’est dans ces circonstances que José a perdu la vie avant de devenir introuvable par ses amis et proches.

Après la mort de José, son mari a dissimulé le corps dans un sachet, puis l’a transporté dans son véhicule pour l’inhumer dans la brousse du village de Dakhar Mbaye, non loin de Thiès. Il a ensuite poursuivi ses activités comme si de rien n’était, tandis que les proches de José s’inquiétaient de son absence. A. Sarr affirmait qu’elle était simplement sortie.

Inquiète, la dame Y. Ndione s’est rendue au commissariat central de Thiès pour signaler la disparition de son amie. L’enquête a été ensuite confiée à la Section de recherches de Dakar. Les investigations des gendarmes ont permis d’interpeller A. Sarr quelques semaines plus tard. Lors de l’enquête préliminaire, le prévenu A. Sarr aurait reconnu avoir porté un coup de tête à José. L’endroit où a été enterré le corps de la victime a été ensuite découvert.

Les résultats de l’autopsie

La dépouille a été exhumée par les sapeurs-pompiers en présence des autorités judiciaires puis conduite au Laboratoire d’anatomie et cytologie de l’hôpital Le Dantec pour une autopsie. Le certificat médical produit par le Dr Ibou Thiam et le Dr Abdou Magib Gaye concluait à une mort secondaire à un traumatisme crânien et thoracique avec fractures multiples. L’autopsie faisait également ressortir que le corps était en état de décomposition très avancé : hématome frontal du cuir chevelu et sous-dural, fractures des arcs antérieurs des 2e, 3e et 5e côtes gauches avec présence de sang coagulé dans la cavité pleurale.

Le suspect A. Sarr a été inculpé de meurtre, violation des lois sur les inhumations et recel de cadavre, puis placé sous mandat de dépôt. Sa première épouse, R. Sène, a également été arrêtée et inculpée de non-assistance à personne en danger, avant d’être placée sous liberté provisoire.

Les déclarations des prévenus devant la chambre criminelle

À la barre, A. Sarr, aujourd’hui âgé de 53 ans, a contesté les faits. Il a déclaré ne jamais avoir eu de différend avec sa femme et a évoqué une crise d’asthme survenue après une dispute. Selon lui, la victime s’était effondrée dans la cuisine. Pris de panique après sa mort, il a affirmé avoir transporté et enterré le corps seul dans la brousse de Dakhar Mbaye.

Concernant les fractures relevées lors de l’autopsie, il a soutenu qu’elles auraient été causées lorsqu’il traînait le corps sur le sol. Il reconnaît également avoir jeté le téléphone de la victime qui a été ramassé loin du domicile et du lieu où a été inhumée la défunte.

Sa première femme R. Sène, de son côté, a affirmé ne rien savoir des faits. Elle a expliqué que son mari lui avait parlé d’une crise d’asthme et lui avait demandé de se rendre chez ses parents à Mbour en lui remettant 15 000 FCFA.

Les dépositions des témoins

Plusieurs témoins ont été entendus. La dame Y. Ndione, amie proche de la victime, a évoqué des tensions dans le couple et des violences antérieures. Elle a affirmé que José l’avait appelée le jour des faits pour la faire venir en urgence, indiquant que son mari avait vidé son coffre-fort. À son arrivée, elle n’a pas pu accéder au domicile.

« Arrivée chez elle, j’ai trouvé le véhicule de son mari garé devant le domicile. J’ai sonné pour qu’on m’ouvre la porte mais personne n’a voulu le faire. J’ai tout fait pour entrer dans le domicile mais je n’y parvenais pas. Je suis ensuite retournée chez moi pour appeler José au téléphone mais ça ne passait pas. Je suis retournée le lundi pour m’enquérir de la situation et R. Sarr, la fille de A. Sarr, m’a fait comprendre que José était sortie. Je suis restée un instant pour l’attendre mais elle ne revenait toujours pas et son téléphone ne sonnait plus non plus. C’est là que suis allée faire une déclaration au commissariat central de Thiès », a-t-elle expliqué.

Y. Ndione a souligné qu’un jour, alors qu’elles partaient au marché, José lui a dit que depuis que son époux avait fait venir sa famille dans son domicile, ils ne s’entendaient plus et qu’ils ne dormaient plus ensemble. Aussi, elle lui avait appris que A. Sarr la forçait à entretenir des rapports sexuels. La dame Y. Ndione a également signalé qu’elle avait constaté des traces de violences sur ses bras.

Le prévenu A. Sarr a nié les déclarations du témoin. Il a estimé que ce témoignage est infondé et qu’il a été monté de toutes pièces. « La fille de Y. Ndione travaillait pour José et c’est suite à ma demande qu’elle a été remerciée. C’est pourquoi elle a témoigné en ma défaveur », a réfuté A. Sarr.

D’autres témoins ont confirmé que la victime était inquiète et vivait dans un climat conflictuel. R. Sarr, fille du prévenu, a aussi témoigné que ce jour-là, José demandait à voir son père qui était parti au travail. Et que quand celui-ci est venu, il a trouvé sa tante dans le salon. Elle a affirmé avoir entendu les deux se disputer mais qu’elle ne pouvait pas décrypter leurs paroles. Elle a relaté avoir ensuite vu son père conduire José dans sa chambre avant de lui faire comprendre qu’elle dormait. R. Sarr a ajouté que le lendemain, son père lui a fait croire que José était sortie.

Réquisitoires du parquet

Lors de son réquisitoire, le procureur de la République a soutenu que le mobile du crime était lié aux biens de la victime, notamment sa maison et son argent. Pour lui, le but du prévenu c’était de tromper la victime pour s’approprier ses biens. Et que quand il a compris que son coup allait échouer, il l’a battue à mort et l’a dissimulée dans un sachet pour aller l’enterrer dans la forêt de Dakhar Mbaye. Le parquet croit que les témoignages, surtout celui de Y. Ndione, montrent que le prévenu avait l’intention de tuer. Il a estimé que A. Sarr est coupable des accusations et a requis la réclusion criminelle à perpétuité.

Concernant la prévenue R. Sène, le procureur trouve également qu’elle a péché parce qu’elle n’a ni agi ni réagi face aux agissements de son époux. Il a requis 5 ans de prison ferme contre elle.

Plaidoiries de la défense

La défense de la prévenue R. Sène, assurée par Me Ndione et Me Sonko, a plaidé la relaxe, soutenant qu’elle n’a joué aucun rôle dans cette affaire et qu’elle ignorait tout des faits.

Celle de l’homme A. Sarr, assurée par Me Ayi et Me Sène, a évoqué une mort accidentelle liée à une crise d’asthme et a demandé la requalification des faits en coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Cette défense croit que le prévenu a caché la mort de la victime à cause d’une panique.

Au terme des débats d’audience, le juge a mis l’affaire en délibéré et le jugement sera rendu le 5 mai 2026.

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