Dakar, 07 avril (SL-INFO) – L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, le 25 mars dernier, une résolution qualifiant la traite des Africains réduits en esclavage de « plus graves crimes contre l’humanité ». Si cette décision est perçue comme une avancée majeure par les chercheurs et la société civile du continent, elle met désormais en lumière de nouvelles attentes structurées autour des mécanismes de compensation.

Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, cette reconnaissance onusienne revêt une double portée, politique et juridique. Le Dr. Samiratou Dipama, enseignante-chercheuse à l’Université Thomas-Sankara au Burkina Faso, souligne que ce texte rompt avec la marginalisation de la traite négrière dans le récit dominant des relations internationales. Cette résolution consacre l’esclavage au même titre que d’autres crimes internationaux reconnus depuis le procès de Nuremberg, affirmant ainsi son imprescriptibilité.

Le vote a toutefois révélé des clivages marqués au sein de la communauté internationale. Les États-Unis, Israël et l’Argentine s’y sont opposés. Washington a justifié son refus par le principe de légalité pénale, arguant que la traite des esclaves n’était pas juridiquement définie comme un crime au moment des faits, tout en refusant une hiérarchisation des crimes internationaux. Une position qui, selon les experts consultés par Anadolu, traduit surtout la crainte de voir émerger des revendications de réparations. L’opposition de l’Argentine est jugée particulièrement surprenante par le Dr. Dipama, compte tenu de l’histoire du pays où les Afro-Argentins, qui représentaient près de 30 % de la population en 1830, ont été progressivement marginalisés.

Du côté des abstentions, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont choisi la prudence diplomatique. Le cas français illustre un paradoxe : Paris refuse la hiérarchisation des crimes au niveau international, alors que la loi Taubira de 2001 reconnaît déjà l’esclavage comme crime contre l’humanité sur le plan national. Salif Fofana, fondateur de l’Alliance Sahélienne pour les Droits de l’Homme et la Démocratie, relève par ailleurs une contradiction dans la diplomatie française, rappelant que le président français s’est récemment engagé à reconnaître les préjudices liés à la colonisation en Algérie, sans étendre cette démarche à l’Afrique subsaharienne.

Pour les chercheurs africains, l’enjeu dépasse désormais la simple reconnaissance mémorielle. Le Ghana, porteur du projet avec l’appui de l’Union africaine, a articulé ses attentes autour de la reconnaissance, des excuses officielles et des réparations. Cette dynamique s’inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui a proclamé 2025 « année de la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine grâce aux réparations », et défini la période 2026-2036 comme une décennie d’actions consacrées à ce patrimoine. La prochaine étape diplomatique consisterait à soumettre une nouvelle résolution à l’ONU, spécifiquement dédiée à la mise en place d’une justice réparatrice effective.

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