Dakar, 02 avril (SL-INFO) – Le Triduum pascal est une période de trois jours pendant laquelle l’Église célèbre la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus-Christ. Cette période, qui commence le jeudi soir avec la Cène du Seigneur (le dernier repas de Jésus avec ses disciples), se termine le samedi soir avec la Veillée pascale, qui célèbre la Résurrection de Jésus. Dans cet entretien, l’Abbé Louis Samba Diouf, théologien de la liturgie et des sacrements et vicaire à la paroisse Saint-François d’Assise de Keur Massar, explique l’importance de cette période dans la foi chrétienne.
Qu’est-ce que le Triduum pascal et pourquoi est-il important ?
Le Triduum pascal, du latin triduum, est un espace de trois jours qui désigne les trois jours sacrés qui constituent le sommet absolu de l’année liturgique chrétienne. Il s’étend du soir du Jeudi saint jusqu’aux Vêpres du dimanche de Pâques, englobant ainsi le Vendredi saint et la Veillée pascale du Samedi saint. Son importance est sans égale dans la foi chrétienne, car il ne s’agit pas simplement d’un souvenir historique. En effet, la liturgie fait mémoire vivante, ce que les Grecs appellent anamnèse, de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ. Le Triduum est, en ce sens, le cœur battant de toute la foi chrétienne.
Quels sont les événements clés commémorés pendant le Triduum pascal ?
Le Triduum articule trois moments indissociables qui forment un seul mystère en trois actes :
Le Jeudi saint, la Cène du Seigneur : C’est le soir de l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce ministériel. Jésus lave les pieds de ses disciples, geste bouleversant d’un Dieu à genoux devant l’homme, et institue le commandement nouveau de l’amour fraternel. La liturgie se clôt dans le silence : l’autel est dépouillé, les cloches se taisent, le tabernacle est vide. L’Église entre dans la nuit.
Le Vendredi saint, la Passion du Seigneur : Jour d’adoration et d’espérance. La liturgie comporte trois parties : la Liturgie de la Parole avec la lecture solennelle de la Passion selon saint Jean, la Prière universelle pour toute l’humanité, et l’Adoration de la Croix. Aucune Eucharistie (messe) n’est célébrée : la Croix elle-même est le sacrifice.
Le Samedi saint, la Veillée pascale : Nuit de toutes les nuits. La Veillée pascale est structurée en quatre grandes parties : la Liturgie de la Lumière (le feu nouveau, la proclamation de l’Exsultet), la Liturgie de la Parole (sept lectures de l’Ancien Testament racontant l’histoire du salut), la Liturgie baptismale (initiation des catéchumènes), et enfin la Liturgie eucharistique. C’est dans cette nuit que retentit l’Alléluia, absent depuis quarante jours.
Comment les chrétiens peuvent-ils participer pleinement au Triduum pascal ?
La participation pleine, consciente et active, selon les mots du Concile Vatican II dans la constitution sur la Sainte liturgie, est une exigence spirituelle, pas un idéal facultatif. Voici comment la vivre concrètement :
-Assister aux trois célébrations liturgiques dans leur continuité, en comprenant qu’elles forment un tout indivisible.
-Se préparer par le jeûne et la prière : le jeûne du Vendredi saint et, selon la tradition, celui du Samedi saint sont des actes d’ascèse qui disposent l’âme.
-Lire et méditer les textes liturgiques à l’avance (les sept lectures de la Veillée pascale, la Passion selon Jean), pour ne pas être simplement spectateur, mais acteur du mystère.
-Participer à la procession et à l’adoration de la Croix avec un cœur recueilli, en y apportant ses propres souffrances et celles du monde.
-Renouveler ses promesses baptismales lors de la Veillée pascale avec une conscience renouvelée de ce que signifie être baptisé.
-Observer le silence du Samedi saint comme une pratique spirituelle : c’est le jour du grand silence de Dieu dans le tombeau, une invitation à la contemplation intérieure.
Quel est le message que l’Église veut transmettre aux fidèles pendant cette période ?
Le message central est d’une profondeur vertigineuse : l’amour de Dieu est plus fort que la mort. L’Église veut communiquer aux fidèles que la souffrance, l’échec et la mort ne sont pas les derniers mots de l’histoire humaine. Plus précisément, l’Église transmet plusieurs vérités fondamentales :
La solidarité de Dieu avec la condition humaine : en mourant sur la Croix, le Christ n’est pas resté à distance de nos douleurs, il les a traversées de l’intérieur.
La gratuité absolue de l’amour divin : le salut n’est pas mérité, il est donné. Le Vendredi saint rappelle que Dieu aime en premier, sans condition.
L’espérance comme vertu théologale concrète : Pâques est la certitude, fondée sur un fait, que la vie l’emporte.
La dimension communautaire et baptismale : le Triduum est une célébration de l’Église entière, Corps du Christ rassemblé.
Comment intégrer les enseignements du Triduum pascal dans la vie quotidienne ?
Le Triduum, c’est un programme de vie. Voici comment en faire une source permanente :
Du Jeudi saint, le service et l’Eucharistie : Intégrer dans sa vie quotidienne des gestes concrets de service humble envers les autres, à l’image du lavement des pieds. Nourrir également une vie eucharistique régulière.
Du Vendredi saint, l’offrande de la souffrance : Apprendre à unir ses propres croix (maladies, épreuves, injustices) à la Croix du Christ. La spiritualité du Vendredi saint transforme la souffrance subie en souffrance offerte, ce qui lui donne sens et dignité.
Du Samedi saint, l’espérance dans l’obscurité : Vivre les périodes de silence de Dieu, de doute ou d’épreuve spirituelle non comme un abandon, mais comme un passage. Le Samedi saint enseigne l’art de tenir dans la nuit en attendant l’aurore.
De la Veillée pascale, la joie comme fondement : Laisser l’Alléluia pascal résonner comme le ton de fond de toute existence chrétienne : une joie qui n’ignore pas la souffrance, mais qui la dépasse.
Quelles sont les traditions et les coutumes liées au Triduum pascal dans l’Église ?
Les traditions liturgiques et populaires du Triduum sont d’une richesse extraordinaire, héritées de vingt siècles de foi vécue :
Les traditions liturgiques universelles
Le silence des cloches du Jeudi saint au soir jusqu’à la Veillée pascale.
Le dépouillement des autels après la messe du Jeudi saint, geste fort qui dénude l’espace sacré en signe de deuil.
La procession au reposoir, où le Saint-Sacrement est transféré solennellement après la messe de la Cène du Seigneur.
Le chemin de croix du Vendredi saint, pratique dévotionnelle née au Moyen Âge pour permettre aux fidèles de revivre spirituellement le chemin de Jésus vers le Calvaire.
L’Exsultet, cette magnifique proclamation pascale chantée par le diacre à la flamme du cierge pascal, est l’un des plus anciens textes de la liturgie chrétienne.
Le feu nouveau allumé à l’entrée de l’église dans la nuit pascale, symbole du Christ lumière chassant les ténèbres.
