Dakar, 01 mars(SL-INFO) – Les routes, les ports, les centrales électriques ou les logements sociaux nécessitent des financements étalés sur quinze, vingt ou parfois trente ans. Pourtant, dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, l’épargne disponible reste principalement de court terme. Les dépôts bancaires peuvent être retirés rapidement, les placements sont souvent liquides et les investisseurs cherchent des rendements immédiats. Ce décalage entre la maturité de l’épargne et la durée des projets constitue l’un des principaux obstacles au financement des infrastructures.

Le poids des banques et la frilosité du long terme

Les banques occupent une place dominante dans le système financier régional, mais leurs ressources proviennent surtout de dépôts à vue ou de comptes d’épargne mobilisables à tout moment. Dans ces conditions, elles hésitent à financer des projets très longs qui immobilisent les fonds pendant plusieurs années. Accorder un crédit de vingt ans pour une autoroute ou un barrage reste risqué lorsqu’une partie importante des dépôts peut être retirée en quelques semaines.

Cette situation pousse les États à se tourner vers la dette extérieure, les bailleurs internationaux ou les marchés obligataires pour financer les grands chantiers. Si les euro-obligations, les prêts concessionnels ou les financements multilatéraux permettent d’obtenir des ressources longues, ils augmentent aussi la dépendance extérieure et l’exposition au risque de change.

Le paradoxe est que l’épargne existe bel et bien dans la région, mais elle est souvent fragmentée, peu mobilisée et rarement investie sur de longues durées. Une grande partie des ressources reste placée dans des comptes bancaires peu rémunérés, dans l’immobilier, dans des circuits informels ou dans des actifs jugés plus sûrs et plus liquides.

Les compagnies d’assurance, les caisses de retraite et les fonds de pension pourraient jouer un rôle plus important, car ils disposent par nature d’une épargne de long terme. Mais leur poids reste encore limité dans plusieurs pays de la région. Dans l’UEMOA, les actifs de ces institutions progressent, mais demeurent modestes face aux besoins. Selon les données de la CIMA, le marché de l’assurance de la zone représentait environ 2 500 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2023, un niveau encore faible comparé à d’autres régions émergentes.

Le marché financier régional pourrait contribuer davantage à mobiliser cette épargne longue. Des obligations dédiées aux infrastructures, des fonds spécialisés ou des produits d’épargne de long terme offriraient des solutions plus adaptées. Pour l’heure, ces instruments restent peu nombreux et les investisseurs privilégient souvent les titres publics à court terme ou les placements immobiliers.

Ce manque d’épargne « patiente » explique pourquoi les infrastructures demeurent dépendantes de financements extérieurs. Tant que les économies ouest-africaines ne disposeront pas de ressources locales suffisamment abondantes et stables, financer durablement les besoins en énergie, en transport ou en logement restera un défi majeur sans un recours massif à la dette.

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