Dakar, 11 fév (SL-INFO) – Épuisé par une bataille judiciaire de près de vingt ans contre la CBAO (filiale du groupe Attijariwafa Bank), Bocar Samba Dièye a pris une décision radicale. À plus de 90 ans, l’ancien magnat de l’importation de riz ne court plus après l’argent. Face à la presse ce dimanche 8 février 2026, il a annoncé renoncer aux sommes colossales qui lui sont dues, réclamant en échange une seule chose : la réhabilitation de son nom.
« Je ne dois rien à la CBAO »
Le doyen reste ferme sur le fond du dossier. Il nie toute dette envers l’institution financière et s’appuie sur des rapports d’expertise. « Le cabinet d’expertise a tranché en ma faveur en disant que la CBAO doit me verser 11 milliards 500 millions. Je précise que je ne dois rien à cette banque. Tout ce qu’ils disent est archi faux et j’ai toutes les preuves avec moi », a-t-il martelé. Malgré le blocage de ses comptes, l’homme d’affaires souligne avec fierté qu’il continue de travailler, mais appelle désormais l’État à organiser une table ronde pour confronter les parties.
Le sacrifice des milliards pour la paix de l’âme
La fatigue l’emporte désormais sur la soif de réparation financière. Dans un témoignage poignant, Bocar Samba Dièye a exprimé son souhait de clore ce chapitre avant la fin de sa vie. « Je ne demande même plus à la CBAO de me payer les 11 milliards. Je veux juste tourner la page. Cette histoire a trop duré, elle a ruiné ma vie et m’a énormément retardé. Mais avant de m’en aller, je veux que mon honneur soit lavé », a-t-il insisté.
Un marathon judiciaire depuis 2008
Famara Ibrahima Cissé, président de l’Association des clients et sociétaires des institutions financières (ACSIF), dénonce un déni de justice. Selon lui, bien que les rapports homologués ordonnent la restitution des biens de l’homme d’affaires et le remboursement d’agios indus, le dossier reste enlisé. « À plus de 92 ans, il doit pouvoir recouvrer ce qui lui revient ou à défaut, obtenir justice morale », plaide M. Cissé, qui redoute une stratégie d’usure de la part de la banque.
Ce contentieux, né d’une créance contestée par l’homme d’affaires qui dénonce des pratiques bancaires abusives, dure depuis 18 ans. Malgré des décisions de justice lui accordant 11 milliards de francs CFA de dommages et intérêts et la saisie de ses immeubles, aucune issue concrète n’a été trouvée.
Aujourd’hui, le combat de Bocar Samba Dièye n’est plus celui d’un créancier, mais celui d’un homme qui veut partir en paix, après avoir consacré sa vie à l’économie de son pays.
