Dakar, 11 fév (SL-INFO) – Le chef du Département Épuration et de Développement des sous-produits de l’ONAS a présenté l’expérience de la mise en œuvre du Projet de dépollution de la baie de Hann avec les textes qui encadrent le principe pollueur-payeur. C’était lors d’un panel organisé au 23ème Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA) qui se tient à Yaoundé au Cameroun. Mais pour lui, ce partage d’expérience revêt d’autres enjeux.
Vous avez participé à l’animation d’un panel au deuxième jour du Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA). Pouvez-vous nous faire un résumé de votre communication ?
Ma présentation portait sur les eaux industrielles au Sénégal. Nous avons un projet pilote qui est le Projet de
dépollution de la baie de Hann. Il s’agissait de montrer la stratégie de l’Etat du Sénégal encadrant les activités industrielles avec les eaux usées qui sont générées à travers le processus industriel et aussi partager de ce que fait l’Etat en termes d’investissements. Nous sommes en train de construire des ouvrages afin que la baie puisse recouvrer son lustre d’antan.
J’ai aussi abordé l’état d’avancement des différents lots. J’ai fait l’état des lieux d’exécution physique partant de l’intercepteur, la station d’épuration, l’émissaire en mer, le raccordement des industriels, et même l’assèchement du canal 6. Pour ce qui est de l’intercepteur, le taux d’exécution est de 77 % ( lot 1), le lot 2 qui concerne la station d’épuration on est à 90 %, le lot 4 ( raccordement des industriels) le taux est de 81%, le lot 6 c’est-à-dire le raccordement secondaire le taux est à 15 %, le lot 5 assèchement canal 6, le taux est de 29 %.
Dans le passé, j’ai eu à présenter le projet baie de Hann. Mais cette fois-ci, il s’agissait de monter l’évolution.
Au-delà de l’avancement des travaux, il y a des acquis institutionnels, c’est-à-dire, les textes réglementaires qui vont encadrer l’activité industrielle. J’ai présenté l’arrêté ministériel qui régit le principe pollueur-payeur, signé en janvier 2025 qui est un acquis considérable. Parce que ce texte va encadrer tout ce qui facturation de la redevance assainissement industriel et aussi stabiliser la formule de calcul qui se base sur les paramètres de rejet à savoir Demande Biochimique en Oxygène (DBO), Demande Chimique en Oxygène (DCO), les matières en suspension et les volumes qui sont générés. En plus de l’arrêté interministériel, il y a un travail de révision de la norme NS05061 pour mieux fixer les paramètres par rapport au milieu récepteur ou au milieu sensible. J’ai parlé également de la station de dernière génération à Petit Mbao avec comme choix technologique des Biodigesteurs qui vont nous permettre d’optimiser la consommation énergétique. Le traitement secondaire aide à minimiser tout ce qui est rejet au niveau de la baie avec un intercepteur qui va au-delà de 2 KM.
C’est un projet intégré qui prend en compte la dimension circulaire. Le Ministre a exprimé le besoin de faire un projet complémentaire pour arriver à un traitement tertiaire et de pouvoir réutiliser ces eaux épurées et ses boues dans le domaine de l’industrie et du BTP. L’ambition, c’est d’avoir des ressources supplémentaires qui contribueraient à rendre viable l’activité de l’assainissement.
Qu’en est-il de l’assainissement des eaux du Port autonome de Dakar ?
L’assainissement des eaux du Port autonome de Dakar fait partie du projet. Cette zone concentre des industries. Il va falloir mettre en place un réseau de drainage des eaux issues des process et un réseau de drainage des eaux pluviales. C’est ce lot et celui de l’émissaire en mer qui ont accusé un retard.
Quel est l’intérêt de partager l’expérience de ce projet au 23ème Congrès de l’Association Africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA) ?
Beaucoup de pays africains sont dans le même contexte que le Sénégal. Ils ont des baies, des plans d’eau. Ces pays font face à un défaut d’assainissement des eaux industrielles. Depuis plusieurs années, des pays ont mis l’accent sur l’assainissement des eaux domestiques, alors que les eaux industrielles n’étaient pas suffisamment prises en compte. C’est une tendance qu’il faut inverser. Les eaux industrielles comportent leurs lots de risques pour la santé publique et aussi pour l’environnement. Ce sont autant d’éléments qui font qu’il faut davantage prendre en charge l’assainissement des eaux industrielles. Le partage d’expérience permet aux pays africains d’anticiper. Aujourd’hui, nous sommes en train de supporter le coût de l’inaction avec la pollution de la baie de Hann. Si nous avions mis un dispositif pour contraindre les industriels à respecter les normes, nous n’en serions pas là. Nous n’aurions pas investi 130 milliards de Francs CFA pour dépollution de la baie de Hann.
