Dakar , 18 fév (SL-INFO) – L’Afrique de l’Ouest dispose depuis plusieurs décennies d’organisations régionales parmi les plus structurées du continent. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union économique et monétaire ouest africaine ont posé des fondations juridiques solides en matière de libre circulation, d’union douanière et de convergence macroéconomique. Sur le papier, les instruments existent pour favoriser un marché régional intégré de plus de 400 millions d’habitants. Dans les faits, les résultats demeurent contrastés.

Selon les données de la Banque africaine de développement et de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, le commerce intra ouest africain représente en moyenne entre 12 % et 15 % du total des échanges de la région, une proportion nettement inférieure à celle observée en Europe ou en Asie où les flux internes dépassent 50 %. Cette faiblesse relative interroge la capacité des cadres institutionnels à produire des effets économiques tangibles.

L’UEMOA a pourtant instauré un tarif extérieur commun depuis 2000 et une monnaie partagée, le franc CFA, qui élimine le risque de change entre ses huit États membres. La CEDEAO a adopté un schéma de libéralisation des échanges visant à supprimer les droits de douane sur les produits originaires de la région. En théorie, ces mécanismes devraient encourager la spécialisation, les économies d’échelle et la circulation des biens. Dans la pratique, les obstacles non tarifaires persistent. Les contrôles routiers multiples, les exigences administratives redondantes, les délais aux frontières et les divergences dans l’application des normes techniques freinent les opérateurs économiques.

La Banque mondiale, dans son rapport Africa Trade Competitiveness Diagnostic, souligne que le coût du transport et les lenteurs logistiques en Afrique de l’Ouest figurent parmi les plus élevés au monde en proportion de la valeur des marchandises. Un camion peut mettre plusieurs jours pour franchir certaines frontières, ce qui réduit l’avantage théorique de la suppression des droits de douane. À cela s’ajoutent des régulations parfois divergentes entre la CEDEAO et l’UEMOA, notamment en matière fiscale et réglementaire, qui compliquent l’environnement des affaires.

Les gains de l’intégration ne sont pas inexistants. Les pays membres de l’UEMOA bénéficient d’une inflation maîtrisée, d’une discipline budgétaire encadrée et d’un marché financier régional qui permet de mobiliser l’épargne locale. La libre circulation des personnes, en particulier au sein de la CEDEAO, a favorisé les migrations économiques et les transferts de fonds intra régionaux. Toutefois, ces avancées institutionnelles ne se traduisent pas encore par une transformation profonde des structures productives.

Une explication réside dans la similarité des économies. Beaucoup d’États exportent des produits primaires comparables et importent des biens manufacturés venus d’Europe ou d’Asie. L’absence de chaînes de valeur régionales intégrées limite la complémentarité commerciale. Tant que l’industrialisation reste embryonnaire et que les infrastructures de transport demeurent inégales, le potentiel d’un marché régional pleinement fonctionnel restera partiellement inexploité.

L’intégration régionale ne se mesure donc pas uniquement à la sophistication des traités. Elle dépend de leur mise en œuvre effective, de l’harmonisation des pratiques administratives et de la capacité à créer des filières productives transfrontalières. Les institutions ouest africaines ont posé des bases importantes. Le véritable enjeu réside désormais dans la traduction concrète de ces engagements en flux commerciaux, en investissements croisés et en emplois durables au sein de la région.

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