Dakar, 27 fév (SL-INFO) – Le destin politique de l’ancien ministre Me Moussa Bocar Thiam est désormais suspendu à la décision de l’Assemblée nationale. Ce vendredi, les députés se prononceront sur sa mise en accusation devant la Haute Cour de Justice, une étape décisive dans le tentaculaire dossier de la gestion du fonds « Force Covid-19 ». Cette séance plénière cruciale fait suite au feu vert unanime déjà donné par la Commission des Lois.
Au cœur des soupçons, un marché controversé de 2,4 milliards de FCFA concernant des travaux d’aménagement au Parc des technologies numériques de Diamniadio, rebaptisé « Senegal Connect Park ». Selon un rapport de la Cour des comptes de décembre 2022, corroboré par l’enquête du Parquet financier, l’ancien ministre de la Communication aurait validé le paiement intégral de cette somme pour des prestations qui n’auraient jamais été exécutées. Le dossier à charge contre l’actuel maire de Ourossogui, établi à l’étranger depuis l’alternance politique, s’appuie notamment sur des témoignages clés. Auditionnée par les enquêteurs, son ex-directrice de l’administration générale et de l’équipement, Hélène Ndoukité Helndou Diouf, aurait affirmé avoir agi sur « instruction expresse » de son ministre, déclarant détenir des « preuves à l’appui ».
L’enquête a déjà entraîné des répercussions judiciaires pour d’autres protagonistes. L’ex-directeur général du parc, Bassirou Abdoul Bâ, ainsi que l’ancien responsable administratif et financier, Ismaïla Thimbo, ont été placés sous mandat de dépôt. Leur inculpation fait suite à une nouvelle évaluation du marché litigieux par l’Ageroute, qui a ramené le coût réel des travaux à 1 milliard de FCFA, bien loin des 2,4 milliards décaissés. Lors de sa session, la Commission des Lois avait également examiné le cas de son ancien collègue du gouvernement, Abdoulaye Diouf Sarr, ex-ministre de la Santé. Cependant, le dossier de ce dernier a été jugé « incomplet » et renvoyé pour complément d’information, lui évitant pour l’heure une procédure de mise en accusation.
Ce vote au sein de l’hémicycle marque un tournant dans l’exigence de reddition des comptes sur la gestion du fonds de riposte de 1 000 milliards de FCFA. Le verdict des parlementaires scellera si, oui ou non, un ancien haut commis de l’État devra répondre de ses actes devant une juridiction d’exception
