Dakar 17 avril (SL-INFO) – Lorsqu’une banque centrale relève ou abaisse ses taux directeurs, l’effet sur l’économie n’est jamais immédiat. Entre la décision prise par la BCEAO et son impact sur les crédits accordés aux entreprises ou aux ménages, plusieurs mois peuvent s’écouler. Ce délai s’explique par ce que les économistes appellent la transmission monétaire.

En théorie, une baisse des taux directeurs doit rendre l’argent moins cher pour les banques. Celles-ci peuvent alors emprunter à moindre coût auprès de la BCEAO et accorder davantage de crédits aux entreprises et aux particuliers. À l’inverse, une hausse des taux vise à ralentir le crédit et à limiter l’inflation.

Dans la pratique, ce mécanisme fonctionne rarement de manière rapide ou uniforme au sein de l’UEMOA. Les banques ne répercutent pas automatiquement les variations des taux directeurs sur leurs propres conditions de crédit. Elles tiennent aussi compte du risque perçu, de leur niveau de liquidité, de la concurrence et de la qualité des emprunteurs.

Même après plusieurs baisses des taux directeurs décidées par la BCEAO en 2024 et 2025, les crédits accordés aux PME et aux ménages sont restés relativement coûteux dans plusieurs pays de l’Union. Les banques ont souvent préféré conserver une marge de sécurité élevée, notamment dans un environnement marqué par la montée du risque souverain et par l’augmentation des créances douteuses.

La structure du système financier ralentit également cette transmission. Dans la région, les marchés financiers restent peu développés et le crédit bancaire demeure la principale source de financement. Cette faible concurrence réduit la vitesse avec laquelle les banques ajustent leurs taux.

L’importance de l’économie informelle joue aussi un rôle majeur. Une grande partie des ménages et des petites entreprises n’a pas accès au crédit bancaire classique. Même si la BCEAO baisse ses taux, ces acteurs continuent de dépendre de la microfinance, des tontines ou de circuits informels dont les coûts ne suivent pas forcément les décisions de politique monétaire.

La préférence des banques pour les titres publics contribue également à ralentir la transmission. Lorsqu’elles trouvent des rendements attractifs sur les obligations d’État, elles peuvent être moins enclines à augmenter les prêts au secteur privé, même si les taux directeurs baissent. Ce phénomène est devenu plus visible dans l’UEMOA avec la forte progression des émissions de dette publique depuis 2022.

La transmission monétaire dépend donc autant des décisions de la BCEAO que du fonctionnement du système bancaire, de la structure des marchés financiers et de la qualité des emprunteurs. Une politique monétaire peut être efficace sur le papier tout en produisant des effets limités ou tardifs dans l’économie réelle.

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