Dakar , 17 avril (SL-INFO) Un État peut continuer à emprunter pendant des années sans que cela ne pose pas de problème majeur, tant que sa croissance économique, ses recettes fiscales et ses capacités de remboursement progressent à un rythme comparable. Le danger apparaît lorsque le coût de la dette commence à croître plus vite que les ressources disponibles pour la financer.

C’est ce que les économistes appellent l’effet boule de neige de la dette. Le mécanisme est simple. Si les intérêts versés sur la dette augmentent plus rapidement que les recettes publiques ou que la richesse produite dans le pays, la dette devient de plus en plus lourde à porter. L’État doit alors consacrer une part croissante de son budget au paiement des intérêts, au détriment des dépenses d’investissement, de santé, d’éducation ou d’infrastructures.

Cette dynamique devient particulièrement préoccupante lorsque les taux d’intérêt montent ou lorsque la croissance ralentit. Un pays qui empruntait à des conditions favorables peut soudain devoir refinancer sa dette à des coûts bien plus élevés. Si, dans le même temps, les recettes fiscales stagnent ou progressent faiblement, le déséquilibre s’aggrave rapidement.

Le Sénégal illustre en partie cette situation. Entre 2020 et 2025, le service de la dette a fortement augmenté sous l’effet de la hausse des emprunts, du durcissement des conditions de financement et de la progression des taux sur les marchés régionaux et internationaux. Dans le projet de loi de finances 2025, les charges liées à la dette représentent plusieurs centaines de milliards de FCFA, absorbant une part grandissante des ressources publiques.

Le phénomène devient encore plus difficile à contenir lorsque l’État doit emprunter non plus pour financer de nouveaux projets, mais simplement pour rembourser les échéances précédentes ou payer les intérêts. Une partie de la dette sert alors à entretenir la dette elle-même. Cela crée un cercle où chaque nouvel emprunt augmente les charges futures.

Plus les maturités sont courtes, plus ce risque est élevé. Un État qui dépend fortement de dettes à court terme doit revenir régulièrement sur les marchés pour refinancer ses obligations arrivant à échéance. Si les investisseurs deviennent plus prudents ou exigent des rendements plus élevés, le coût de refinancement peut grimper rapidement.

Cette mécanique explique pourquoi certains pays peuvent se retrouver en difficulté même sans avoir un ratio dette sur PIB particulièrement élevé. Ce qui compte n’est pas seulement le stock de dette, mais aussi le rythme auquel les intérêts augmentent, la structure des échéances et la capacité de l’économie à générer des recettes.

Pour éviter cet emballement, plusieurs leviers existent. Allonger la maturité des emprunts, réduire les déficits, mobiliser davantage de recettes fiscales et privilégier des investissements capables de générer de la croissance peuvent permettre de ralentir cette dynamique. Car une dette n’est pas forcément problématique en soi. Elle le devient lorsqu’elle progresse plus vite que les moyens de la rembourser.

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