Dakar , 17 avril (SL-INFO) À la tête des Presses universitaires de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (PUD) depuis 2023, le docteur Moussa Samba œuvre à renforcer la diffusion de la production scientifique. À travers des initiatives comme la Semaine de la promotion annuelle des publications scientifiques du 21 au 25 avril 2026, il entend rapprocher la recherche du grand public et repositionner les presses universitaires comme un acteur clé du rayonnement académique et sociétal. Le Dr Samba revient ici sur les actions qui pourraient redorer le blason de Cheikh Anta Diop.
Une semaine pour valoriser la recherche et le livre
Depuis mon arrivée à la direction en 2023, j’ai constaté un manque de diffusion des résultats de la recherche. C’est pourquoi, avec mon équipe, nous avons pris l’initiative de renforcer la promotion des publications scientifiques.
Ainsi, nous organisons une semaine dédiée à cette promotion. Elle est adossée à la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, célébrée chaque 23 avril sous l’égide de l’UNESCO. Cette année, nous accueillerons 13 auteurs qui viendront présenter leurs ouvrages.
Le 23 avril, nous organiserons également une table ronde autour du thème « Lire à l’université ». Ce choix s’explique par les préoccupations liées à la baisse du niveau des étudiants, souvent attribuée à un déficit de lecture. Nous nous interrogeons notamment sur les pratiques de lecture. Qui lit réellement à l’université ? Cette rencontre réunira décideurs, enseignants, responsables administratifs, étudiants et chercheurs ainsi que tous les acteurs intéressés par le livre et la recherche.
Au départ, cette semaine était assez simple, sans cérémonie officielle. Nous installions des stands pour exposer les ouvrages et permettre aux étudiants, aux chercheurs et aux visiteurs de découvrir les publications.
Progressivement, nous avons enrichi le format en donnant la parole aux auteurs, afin qu’ils puissent échanger directement avec le public. Pendant toute la semaine, des expositions de livres, des distributions gratuites et des ventes à prix réduit seront proposées. Plusieurs activités sont ainsi prévues pour célébrer le livre et encourager la lecture.
Presses universitaires : une mission scientifique, pas journalistique
Il faut d’abord parler de « presses » au pluriel. Cela permet de faire la distinction avec la presse classique. Les presses universitaires relèvent de l’édition scientifique : elles publient des monographies et des revues, c’est-à-dire des livres et des publications académiques.
Nous ne sommes donc pas dans le journalisme, même si nous travaillons dans la production et la diffusion de contenus. Notre mission est centrée sur l’édition scientifique.
Depuis 2023, j’ai travaillé à faire connaître cette structure, qui était encore peu visible, y compris au sein de l’UCAD. Certains collègues ignoraient même son existence.
Aujourd’hui, la situation a évolué. La production scientifique s’est intensifiée. Là où il y avait très peu de publications, nous avons, par exemple, publié sept ouvrages rien que pour le mois de mars. Initialement, je m’étais fixé un objectif de deux publications par mois, mais ce rythme est désormais largement dépassé.
Ce progrès résulte d’un travail interne sur la qualité des productions, mais aussi d’un effort de diffusion. Nous voulons montrer que nous ne sommes pas uniquement au service de la communauté universitaire, mais de toute la société. L’université a trois missions : l’enseignement, la recherche et le service à la société.
D’ailleurs, nous publions également des auteurs qui ne sont pas affiliés à l’UCAD, y compris des chercheurs indépendants, dès lors que leurs travaux sont scientifiquement validés. J’ai ma propre analyse, mais je préfère que ce débat soit approfondi lors de la table ronde. Cela dit, le numérique et l’intelligence artificielle jouent un rôle important.
Déjà, la lecture n’était pas une pratique très ancrée chez certains publics. Avec ces nouvelles technologies, il existe un risque d’accentuation de cette tendance. Ce sera aux participants d’analyser les causes et de proposer des solutions.
L’UCAD face au défi du classement mondial
C’est une question essentielle. Cette année, l’UCAD figure parmi les mille meilleures universités au monde, ce qui constitue une avancée importante.
La publication et la diffusion des travaux scientifiques ont un impact direct sur la visibilité internationale. Les chercheurs sont lus et cités, ce qui renforce la notoriété de l’université et la reconnaissance de la qualité de la recherche sénégalaise.
Depuis quelques années, nous avons également intensifié la numérisation des revues. Chaque article bénéficie désormais d’un DOI (Digital Object Identifier), un identifiant numérique qui garantit sa traçabilité et son accessibilité.
Grâce à des plateformes comme CROSSREF, nos publications sont accessibles à des millions d’utilisateurs à travers le monde. Cela contribue fortement au rayonnement de l’UCAD.
Je suis convaincu que l’UCAD peut retrouver son rang en Afrique. À ce rythme, dans les cinq prochaines années, la question ne sera plus de savoir quelle est la première université francophone, mais si l’UCAD figure parmi les meilleures universités africaines. Les universités anglophones dominent actuellement, notamment en Afrique du Sud, en Égypte, au Ghana ou au Kenya.
Cependant, en termes de production scientifique, nos chercheurs n’ont rien à envier. Le principal défi reste la visibilité.
L’Afrique produit beaucoup, mais ses productions sont insuffisamment diffusées. C’est là que des efforts doivent être concentrés.
Vulgariser les recherches scientifiques pour toucher un public plus large
Il est très important de vulgariser davantage les productions. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de cette semaine. Nous encourageons les auteurs à échanger directement avec le public.
La force du scientifique, c’est de pouvoir expliquer des concepts complexes de manière simple. Il est donc essentiel de renforcer ce lien entre l’université et la société. Les autorités universitaires sont déjà sensibilisées. Il faut maintenant élargir cet engagement au niveau de l’État.
Il est important de soutenir le secteur du livre dans son ensemble : édition, manuels scolaires, information scientifique et technique, formation professionnelle. Le livre doit devenir un outil du quotidien, aussi bien pour apprendre que pour se cultiver.
L’enjeu est de faire en sorte que la lecture et les publications scientifiques occupent une place centrale dans la société.
