Kédougou, 05 mai (SL-INFO) – À l’occasion de la Journée internationale des femmes, célébrée sous le thème « Un million de sages-femmes de plus », la présidente régionale de l’Association nationale des sages-femmes d’État du Sénégal (ANSFES) à Kédougou tire la sonnette d’alarme sur la situation préoccupante de la santé maternelle dans cette région enclavée du sud-est du Sénégal.

Pour Diabou Cissokho, le thème choisi cette année résonne particulièrement avec les réalités de Kédougou, où le manque criant de sages-femmes constitue un frein majeur à l’accès aux soins de santé reproductive, notamment dans les zones les plus reculées. « Il y a une urgence réelle à investir dans les sages-femmes », affirme-t-elle. 

Selon elle, un renforcement massif des effectifs permettrait de réduire considérablement les décès maternels et infantiles, en rapprochant les soins des femmes vivant dans des localités éloignées où les structures sanitaires sont souvent dépourvues de personnel qualifié.

Des zones reculées privées de soins adaptés

Dans plusieurs postes de santé de la région, l’absence de sages-femmes oblige des infirmiers à assurer seuls des services de santé reproductive, dans des conditions souvent précaires. Une situation qui expose davantage les femmes enceintes et les nouveau-nés à des risques évitables.

Kédougou, caractérisée par son éloignement, son enclavement et l’insécurité dans certaines zones d’orpaillage, peine à attirer et surtout à retenir les sages-femmes affectées. « Beaucoup refusent de rester durablement à cause de la distance, du manque de sécurité et des conditions difficiles », explique la responsable régionale.

Un ratio alarmant : une sage-femme pour 700 femmes

Actuellement, l’antenne régionale de l’association compte 93 sages-femmes réparties entre les districts de Kédougou, Salémata et Saraya, avec une dizaine de nouvelles recrues en attente d’intégration. Un chiffre largement en dessous des normes recommandées.

Alors que les standards prévoient une sage-femme pour 300 femmes en âge de procréer, Kédougou affiche un ratio inquiétant d’une sage-femme pour 700 femmes.

Cette surcharge impacte directement la qualité des soins. Dans certaines structures où trois sages-femmes seraient nécessaires, une seule professionnelle doit gérer l’ensemble des consultations, des accouchements et du suivi postnatal.

Des patientes confrontées à de longues attentes

Cette insuffisance de personnel engendre frustration et souffrance chez les patientes. Certaines femmes parcourent de longues distances, parfois pendant 24 heures, pour accéder à une simple consultation prénatale.

« Les temps d’attente sont extrêmement longs et cela décourage beaucoup de femmes », déplore Diabou Cissokho, soulignant que la présence en nombre de sages-femmes dans les zones éloignées permettrait de désengorger les structures et d’améliorer sensiblement la prise en charge.

Investir pour sauver des vies

À travers son plaidoyer, la présidente régionale appelle les autorités à renforcer le recrutement, l’affectation et la fidélisation des sages-femmes, en particulier dans les régions périphériques comme Kédougou.

Dans un contexte où la réduction de la mortalité maternelle et infanto-juvénile demeure une priorité, l’appel de Kédougou rappelle qu’au-delà des discours, l’investissement dans les sages-femmes reste une nécessité vitale pour garantir à chaque femme, où qu’elle vive, un accès équitable à des soins de qualité.

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