Dakar, 06 Mai (SL-INFO) – Le Forum économique « Africa Forward | Inspire & Connect », prévu le 11 mai 2026 à l’université de Nairobi, au Kenya,  dépasse largement le cadre d’un simple rendez-vous d’affaires. Derrière les panels consacrés à l’énergie, au numérique ou aux villes durables, l’événement reflète surtout l’intensification de la compétition économique et géopolitique autour du continent africain, devenu un espace stratégique convoité par plusieurs puissances.

Coorganisé par Bpifrance, Business France et Proparco, le forum doit réunir plus de 1 500 dirigeants d’entreprises, investisseurs et responsables publics. Le fait que la rencontre soit placée sous le patronage des présidents Emmanuel Macron (France) et William Ruto (Kenya) montre d’ailleurs que l’enjeu dépasse le seul secteur privé. Il s’agit aussi d’un signal politique envoyé dans un contexte où les rapports économiques entre l’Europe et l’Afrique se recomposent rapidement.

Depuis plusieurs années, l’influence économique européenne sur le continent est confrontée à une concurrence de plus en plus forte. La Chine a profondément renforcé sa présence dans les infrastructures, les transports et l’énergie. Les pays du Golfe investissent massivement dans les ports, l’agriculture et la logistique, tandis que la Turquie multiplie les accords commerciaux, les projets de construction et les implantations industrielles.

Les chiffres illustrent ce basculement progressif. Selon les données de la CNUCED, la Chine figure désormais parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique, avec des échanges dépassant régulièrement 250 milliards de dollars par an ces dernières années. Dans le même temps, les investissements des Émirats arabes unis sur le continent ont fortement progressé, notamment dans les infrastructures portuaires et énergétiques.

Face à cette montée en puissance de nouveaux acteurs, les pays européens cherchent à maintenir leur position dans des secteurs considérés comme stratégiques. L’énergie, l’agro-industrie, le numérique, la santé ou les infrastructures urbaines concentrent une grande partie des discussions prévues à Nairobi, précisément parce qu’ils correspondent aux domaines où se joueront une part importante de la croissance africaine des prochaines décennies.

Le choix du Kenya pour accueillir ce forum n’est d’ailleurs pas anodin. Nairobi s’est imposée au fil des années comme l’un des principaux hubs technologiques et financiers du continent, notamment dans les services numériques, les fintechs et l’innovation mobile. Le pays attire une part croissante des investissements internationaux en Afrique de l’Est et sert souvent de porte d’entrée régionale pour de nombreuses entreprises étrangères.

Pour l’Europe, l’enjeu consiste désormais à défendre une présence économique qui ne peut plus reposer uniquement sur les liens historiques. Les partenaires africains disposent aujourd’hui d’un éventail beaucoup plus large d’options diplomatiques et financières, ce qui modifie profondément les rapports de négociation.

Cette concurrence se joue aussi sur la manière de financer les projets. Là où certains acteurs proposent des infrastructures rapides à financer, d’autres mettent en avant des critères environnementaux, des partenariats industriels ou des exigences de gouvernance. Les modèles diffèrent, mais tous cherchent à sécuriser une place dans les futurs marchés africains.

L’intérêt croissant pour le continent s’explique par plusieurs facteurs structurels. L’Afrique devrait concentrer près d’un quart de la population mondiale,  d’ici 2050,  selon les projections des Nations Unies, tandis que l’urbanisation, les besoins énergétiques et la numérisation créent des marchés considérables dans de nombreux secteurs.

Dans ce contexte, les forums économiques deviennent eux-mêmes des instruments de diplomatie économique. Ils permettent aux États, aux institutions financières et aux grandes entreprises de consolider leurs réseaux, d’identifier des opportunités d’investissement et de renforcer leur présence dans des espaces devenus stratégiques pour la croissance mondiale.

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