Dakar, 5 août (SL-INFO) – Donald Trump se voit à nouveau accusé de corruption après avoir commencé à vendre à certains investisseurs un accès prioritaire à ses messages sur Truth Social, dont l’impact sur les marchés est parfois considérable.
Samedi, la société Trump Media, dont le président américain est le principal actionnaire, a mis en route un nouveau service, « Truth API » (« Application Programming Interface »), annoncé mi-juillet.
Disponible sur abonnement – le site Axios évoque un tarif mensuel allant de 60.000 à 100.000 dollars – il promet un accès quasiment instantané aux publications de Donald Trump sur son réseau, juste avant que le grand public n’en prenne connaissance.
Selon le Wall Street Journal, cinq entreprises financières avaient souscrit à « Truth API » peu après son lancement.
L’idée est de « donner aux investisseurs les plus rapides et aux algorithmes un avantage qui se mesure en fractions de seconde », explique Art Hogan, analyste pour le gestionnaire de fortune B. Riley Wealth Management, interrogé par l’AFP.
Le sénateur démocrate Mark Warner a annoncé mardi sur X déposer un projet de législation pour « couper court à cette corruption et assurer que tous les Américains aient un accès libre et équitable aux annonces publiques faites par des responsables gouvernementaux. »
– Abus de pouvoir –
Ses collègues Elizabeth Warren et Adam Schiff avaient déjà réclamé, dans un communiqué paru le 29 juillet, une enquête de la puissante autorité de régulation des marchés boursiers, la SEC, sur ce qu’ils décrivent comme un « abus de pouvoir scandaleux ».
Réseau privé appartenant à une société cotée, Truth Social est utilisé comme un canal de communication officiel par le président américain.
Il y annonce des décisions diplomatiques, militaires ou économiques majeures, que ce soit sur l’Iran ou sur les droits de douane, faisant régulièrement tanguer les marchés mondiaux.
Or, des sociétés spécialisées dans les transactions ultra-rapides, si elles reçoivent un peu en avance ces informations, peuvent en théorie anticiper la réaction du marché et gagner des millions, voire des dizaines de millions de dollars, en vendant ou en achetant des actions ou des matières premières.
Quelques heures après le lancement de ce nouveau service, le président américain a d’ailleurs fait la démonstration de sa capacité à affoler les cours.
Il a annoncé samedi sur Truth Social qu’il suspendait des frappes massives prévues contre l’Iran. Peu après, à l’ouverture des marchés, le pétrole a plongé, comme à chaque reculade du président américain.
Les informations sur la conduite du conflit en Iran « n’appartiennent pas à Trump personnellement », mais au gouvernement américain, et le président n’est donc pas censé monnayer leur diffusion au profit d’une entreprise à laquelle il est associé, estime Ann Lipton, professeure de droit à l’université du Colorado, à Boulder.
– « Tout le monde profite » –
Selon cette spécialiste de la régulation boursière, interrogée par l’AFP, l’ancien promoteur immobilier « sait que plus il fait bouger les marchés, plus l’abonnement (à Truth API) devient rentable », ce qu’elle juge « dangereux ».
« Trump a une bonne raison de publier des informations extrêmement sensibles pour les marchés parce que c’est la seule manière de gagner des abonnés ou de les garder », analyse-t-elle. Et ce, « que ces publications soient ou non dans l’intérêt des Américains ».
Le président et sa famille font face à des accusations d’enrichissement personnel indu et de conflits d’intérêt depuis le début du second mandat du républicain.
Des critiques que Donald Trump balaie d’un revers de main.
Début juillet, il a défendu le fait d’avoir gagné environ 1,2 milliard de dollars grâce à ses activités dans les cryptomonnaies en 2025, affirmant que « tout le monde profitait » de son retour au pouvoir.
Son patrimoine personnel est passé de 2,3 à 6,5 milliards de dollars entre 2024 et 2026 selon le magazine Forbes.
Le milliardaire ainsi que ses fils Eric et Don Jr, hommes d’affaires très actifs, répètent ne pas avoir la main-mise sur les revenus de la famille, placés selon eux dans des fonds indépendants.
Dans un sondage CNN/SSRS mené à la fin du mois de juillet, 64% des personnes interrogées jugent que le président américain est allé « trop loin » dans la « poursuite de ses intérêts financiers personnels. »
