Dakar, 24 mars(SL-INFO) – Ce 24 mars 2026, le président sénégalais s’envole pour l’Espagne, où il réalise sa première visite d’État officielle, jusqu’au 26 mars. Bassirou Diomaye Faye devrait s’entretenir avec le roi d’Espagne et avec le Premier ministre Pedro Sanchez. L’Espagne cherche à renforcer son rôle en Afrique, de plus en plus stratégique. Explications.
L’Espagne a des liens géographiques forts avec l’Afrique : avec les îles Canaries et bien sûr les enclaves espagnoles de Ceuta et Melila, le long de la côte marocaine.
Mais le pays se projette au-delà de ses voisins, en Afrique de l’Ouest. Notamment à travers son plan Afrique-Espagne 2025-2028, qui reflète « la volonté de l’Espagne de mettre en avant un discours renouvelé, qui ne soit pas seulement axé sur la sécurité, les routes migratoires ou le développement », constate la chercheuse Beatriz de León Cobo.
« Ce nouveau plan considère l’Afrique comme un continent d’opportunités. C’est une vision partagée plus largement au niveau européen », insiste-t-elle.
L’Espagne a également lancé en août 2024 une initiative « Alianza Africa Avanza », pour booster les investissements espagnols en Afrique de l’Ouest, en renforçant notamment son réseau de chambres de commerce sur le continent.
Migration circulaire
Les investissements espagnols ont un lien fort avec la politique migratoire de l’Espagne, qui met en avant la « coopération » avec les pays d’origine et de transit, à travers des programmes de migration circulaire.
Un accord avec le Sénégal permet à des travailleurs africains de venir exercer un job agricole saisonnier dans le pays, avant de rentrer chez eux avec de nouvelles compétences.
Mais, en réalité, cela concerne très peu de personnes : environ 500 Sénégalais en 2025 seulement, alors que l’Espagne finance aussi des programmes sécuritaires, de surveillance maritime pour les gardes-côtes, dans le cadre d’accords avec la Mauritanie ou le Maroc.
Soutien au plan marocain pour le Sahara occidental
Sur le plan diplomatique, l’Espagne – ancienne puissance coloniale dans la région jusqu’en 1975 – a été l’un des premiers pays européens à apporter son soutien explicite au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, considéré comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend ».
En 2022, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez a opéré un revirement significatif sur le sujet, d’une neutralité affichée à un appui très concret au plan marocain.
Ce changement d’orientation faisait suite à une grave crise diplomatique avec Rabat, rappelle le journaliste Ignacio Cembrero : « Celle-ci a commencé le 10 décembre 2020, quand le président américain Trump a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et qu’à partir de là, les autorités marocaines ont voulu que l’Espagne fasse des pas dans la même direction, au moins que l’Espagne appuie directement ce plan d’autonomie. C’était le prix à payer pour mettre fin à cette longue crise qui a compliqué la relation sur tous les plans, y compris le plan migratoire avec le grand voisin de l’autre côté du détroit de Gibraltar ».
En février, les États-Unis ont réuni l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et le Front Polisario, à Madrid, mais l’Espagne n’est pas impliquée directement dans ces négociations.
