Dakar, 7 fév (SL-INFO) – Les ramifications de l’affaire Jeffrey Epstein continuent de s’étendre bien au-delà des cercles financiers habituels, touchant désormais le cœur du pouvoir médiatique américain. Alors que le ministère de la Justice des États-Unis vient de rendre publics de nouveaux documents, ces archives mettent en lumière les mécanismes précis utilisés par le défunt financier pour contrôler son image publique après sa condamnation en 2008. Au centre de ces révélations figure une série d’échanges directs avec l’un des plus puissants propriétaires de presse new-yorkais.

Selon les documents analysés par notre source Al Jazeera, Jeffrey Epstein a usé de ses liens personnels et professionnels avec le milliardaire canado-américain Mortimer Zuckerman pour influencer la couverture médiatique du New York Daily News. Les fichiers révèlent une intervention directe visant à modifier le traitement d’accusations d’abus sexuels sur mineures. Les échanges datant de 2009 montrent comment le financier a dicté la conduite à tenir face aux enquêtes journalistiques. Alors que le quotidien s’apprêtait à publier des allégations impliquant Epstein et sa compagne Ghislaine Maxwell, le financier a transmis une « réponse proposée » à Zuckerman, qualifiant les victimes présumées d’« escort-girls » et de « travailleuses de salon de massage ». L’intervention ne s’est pas limitée à des éléments de langage. Dans un courriel explicite, Epstein a formulé une exigence éditoriale précise à l’attention du propriétaire du journal : « Enlevez Ghislaine. Si possible ». Une demande à laquelle Zuckerman a répondu en confirmant que le journal procédait à « une révision majeure malgré d’énormes objections ».

Le résultat de cette pression s’est matérialisé dans la publication finale du 19 décembre 2009. L’article, retardé, mentionnait bien les poursuites contre Epstein mais avait été épuré de toute référence à Ghislaine Maxwell, aujourd’hui condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineurs.

**L’imbrication des intérêts financiers**

Les documents déclassifiés éclairent la nature de l’ascendant pris par Epstein sur le magnat de la presse. Au-delà de l’amitié, une relation d’affaires liait les deux hommes. Zuckerman, dont la fortune était évaluée à 1,9 milliard de dollars, sollicitait régulièrement les conseils d’Epstein pour la gestion et la transmission de son patrimoine.

En 2013, Epstein avait même rédigé une proposition de services facturée 30 millions de dollars pour restructurer les finances du milliardaire. Cette proximité se traduisait par une correspondance assidue et des rencontres fréquentes au domicile manhattanien du financier, Zuckerman qualifiant Epstein, dans un courriel de 2014, d’« ami très spécial ».

George Rush, le journaliste du Daily News en charge de l’enquête à l’époque, a confirmé à Al Jazeera avoir reçu la consigne de « laisser Ghislaine Maxwell en dehors de l’histoire », une directive présentée alors comme un compromis nécessaire face à des inquiétudes juridiques, mais qui apparaît aujourd’hui sous le prisme d’une influence directe du financier sur la salle de rédaction.

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