Dakar , 02 avril (SL-INFO) – Le ton est monté d’un cran ce jeudi 2 avril 2026 devant la chambre d’appel de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), où le procès de l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana s’est poursuivi dans une atmosphère particulièrement tendue.
Dès l’ouverture de l’audience, le président Daye Mara a recadré les débats en revenant sur la précédente séance, marquée par une audition inhabituelle du prévenu depuis son lit d’hospitalisation. Très vite, la cour a orienté les échanges vers la phase décisive : les plaidoiries et les réquisitions. Une étape clé acceptée par toutes les parties, signe que le procès entre dans son moment de vérité.
C’est surtout l’intervention de Me Pépé Lamah qui a électrisé la salle. Dans un réquisitoire sans concession, l’avocat a demandé la confirmation pure et simple du jugement de première instance, tout en réclamant une sanction financière lourde : 20 milliards de francs guinéens pour recours abusif.
Face à la cour, le ton s’est durci : « Dites le droit sans complaisance, appliquez la loi dans toute sa rigueur », a-t-il lancé, appelant à une décision forte. Dans la foulée, un autre conseil a enfoncé le clou, estimant qu’un verdict exemplaire enverrait un signal clair à l’ensemble de la classe dirigeante.
Au cœur des débats : un présumé détournement de 15 milliards de francs guinéens au sein de la MAMRI. L’Agent judiciaire de l’État n’a laissé place à aucun doute, évoquant des éléments « techniques et accablants ». Selon lui, le prévenu aurait lui-même reconnu son implication dans la réorientation des fonds, défiant ouvertement la défense de justifier légalement un tel acte.
Sur la question de l’enrichissement illicite, l’accusation a balayé l’argument de la déclaration de biens. « Déclarer n’est pas justifier », a insisté Me Lamah, rappelant que la transparence ne remplace pas la légalité de l’origine des fonds.
Les chiffres avancés par l’accusation donnent le vertige : plus d’un milliard de francs guinéens, près d’un million de dollars et autant en euros auraient été retrouvés sur les comptes du prévenu, alors que ses revenus officiels sont jugés incompatibles avec un tel niveau d’avoirs. À cela s’ajoutent des soupçons de fractionnement de fonds et l’existence de réseaux d’influence autour de sociétés gravitant dans son environnement.
De son côté, le ministère public a requis cinq ans de prison, le remboursement des 15 milliards de francs guinéens supposément détournés, ainsi que 3 milliards à titre de dommages et intérêts.
À mesure que les réquisitions se poursuivent, une chose est claire : ce procès dépasse le simple cas d’un homme. Il met à l’épreuve la crédibilité de la justice guinéenne face aux crimes économiques et financiers. Le verdict à venir est désormais attendu comme un tournant.
