Dakar , 27 fév (SL-INFO) La procédure engagée contre l’ancien ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Moussa Bocar Thiam, trouve son origine dans une série d’opérations financières réalisées en mars 2024 autour du Parc des Technologies numériques du Sénégal, à Diamniadio. Selon le rapport adopté par la Commission des Lois de l’Assemblée nationale du Sénégal, l’État du Sénégal avait accordé à la société EWAN ASSETS une concession d’exploitation du Parc pour une durée de vingt ans, moyennant une redevance fixée à 15 millions d’euros. À noter que le projet de résolution portant mise en accusation devant la Haute Cour de Justice de l’ancien ministre est en cours d’examen ce vendredi 27 février 2026 en plénière à l’Assemblée nationale.
Un premier versement de 5 millions d’euros
Dans le rapport adopté par la Commission des Lois qui est revenu sur les faits, il est mentionné que « le concessionnaire aurait procédé au versement d’un premier paiement de 5 millions d’euros, représentant le tiers de la redevance, sur le compte de SENEGAL CONNECT. À la suite de ce paiement, trois correspondances datées des 22 et 27 mars 2024 auraient été adressées par le ministre de tutelle au coordonnateur du Parc des Technologies numériques, lui demandant de mettre en urgence une partie des fonds à la disposition du ministère. Ces instructions se sont traduites par l’émission de trois chèques d’un montant global de 2 351 790 600 F CFA ».
Le document atteste que « les fonds mobilisés étaient destinés, selon les éléments du dossier, à financer des travaux à réaliser au sein du Parc, notamment en perspective d’une visite de l’ancien président Macky Sall ». Les investigations menées par la Section de recherches de Dakar ont toutefois relevé plusieurs irrégularités, notamment l’absence de procédure d’appel d’offres, la non-saisine de la Cellule de passation des marchés du ministère, l’absence de validation par les organes de contrôle compétents (DCMP, ARCOP) et l’attribution directe des travaux. S’y ajoute que les sociétés bénéficiaires, spécialisées dans les travaux publics et les prestations de services, auraient reçu les chèques sur instructions du ministre, par l’intermédiaire de la Direction de l’administration générale et de l’équipement (DAGE).
Un écart entre montants payés et travaux réalisés
Par ailleurs, note-t-on dans le rapport, les expertises techniques effectuées sur le site, notamment avec l’appui de l’AGEROUTE, ont mis en évidence des anomalies dans l’exécution des travaux. Le rapport mentionne notamment l’impossibilité d’identifier une plateforme de 650 mètres de long et 27 mètres de large ayant fait l’objet d’une facturation de plus de 900 millions de francs CFA. Après réévaluation, le coût estimatif global des travaux (routes et plateformes) a été fixé à 875 327 834 F CFA. Or, les montants décaissés s’élèvent à plus de 2,35 milliards de F CFA, laissant apparaître un écart significatif de 1 476 462 766 F CFA.
Sur le même volet, il est noté des mouvements financiers supplémentaires. L’enquête évoque également des opérations de dépôt et de retrait de fonds ainsi que l’acquisition de biens pour un montant global estimé à 796 186 442 F CFA. Selon les témoignages recueillis, la responsable des sociétés impliquées aurait confirmé avoir été directement contactée par le ministre pour la réalisation des travaux, et avoir reçu les chèques par l’entremise des services administratifs du ministère.
