Dakar, 13 fév (SL-INFO) – Aïcha (un prénom d’emprunt), 27 ans, ajuste son voile beige tandis qu’un agent matrimonial fait défiler des dizaines de photos d’hommes sur son ordinateur, à la recherche de celui qui pourrait lui convenir.
Comme de nombreuses jeunes femmes de Kano, grande ville conservatrice musulmane du nord du Nigeria où les filles se marient souvent dès l’âge de 18 ans, Aïcha a fait appel à un entremetteur qui propose ses services en ligne, dans l’espoir de rencontrer l’époux de ses rêves: riche et instruit.
Les sites de rencontres gérés par un intermédiaire chargé de mettre en relation les deux parties connaissent un essor fulgurant à Kano, alliant méthodes traditionnelles et intelligence artificielle.
« Tous les hommes qui vous remarquent ne vous déclareront pas leur amour , vous devez faire appel aux services d’un entremetteur en ligne », explique à l’AFP la jeune femme depuis les locaux de l’agence matrimoniale Northern Halal Marriage, y voyant le « meilleur moyen de trouver le véritable amour ».
Encouragée par des amies qui ont trouvé leurs époux grâce aux rencontres en ligne, Aïcha, diplômée de l’université, a décidé de tenter sa chance.
Créé il y a cinq mois, le site -l’un des nombreux portails matrimoniaux apparus récemment dans la ville- a attiré 1.000 clients et revendique près de 10.000 abonnés sur les réseaux sociaux, indique à l’AFP son fondateur, Jaafar Isah Shanawa, 27 ans.
– Du sur mesure –
Avec quatre employés, la plateforme garantit la confidentialité de ses clients en modifiant leurs photos grâce à l’intelligence artificielle et en changeant leurs noms ainsi que leurs prénoms.
Les informations et images dissimulées ne sont dévoilées qu’aux clients intéressés qui se rendent à l’agence après avoir payé les frais d’inscription.
« Nos clients appartiennent surtout à l’élite, des professionnels et des chefs d’entreprise », selon M. Shanawa.
En raison des normes culturelles, « les hommes ont peur d’aborder les femmes dans la rue parce qu’ils veulent être perçus comme respectueux et intègres », dit-il depuis son bureau.
« Le fait que nous opérions en ligne rend les choses plus simples et accessibles à beaucoup de gens », estime le fondateur de Northern Halal Marriage.
Muhammad Siraj Suleiman est client de la plateforme depuis un mois et recherche une seconde épouse. M. Shanawa l’a mis en contact avec deux femmes, mais aucune ne correspondait à ses attentes.
« On m’a donné un troisième contact et nous avons commencé à nous fréquenter, en espérant que nous nous comprendrons et que nous nous marierons », détaille M. Suleiman.
Les clients paient des frais allant de 6 à 54 dollars selon l’abonnement, les tarifs s’ajustant au statut social et au niveau d’éducation du partenaire recherché.
L’abonnement expire au bout de trois mois et les clients doivent se réinscrire s’ils n’ont pas trouvé le conjoint souhaité.
– « Reine des entremetteuses » –
Dans la société haoussa, il est fortement recommandé de vérifier la lignée et la moralité de son futur conjoint avant le mariage.
Les imams de la ville exigent fréquemment des examens médicaux pour déterminer l’état de santé de chacun.
Les plateformes en ligne, comme celle de M. Shanawa, se contentent de mettre en relation hommes et femmes, sans effectuer ces contrôles.
« Lorsque nos clients se rencontrent et estiment se correspondre, notre travail s’arrête là. Il leur revient ensuite d’effectuer eux-mêmes les vérifications d’antécédents et les examens médicaux », précise M. Shanawa.
Les mariages arrangés sont une tradition à Kano et dans d’autres régions du nord depuis des générations.
Aujourd’hui, cette pratique s’étend au-delà des cercles familiaux: des parents confient les photos de leurs filles à des intermédiaires pour leur trouver un époux.
La croissance démographique et les pressions professionnelles rendent les mariages arrangés plus populaires, attirant un nombre croissant de familles, selon Asabe Abba Yarmaishinkafi, agente matrimoniale à Kano depuis 25 ans.
Kano compte environ 16 millions d’habitants, ce qui en fait le deuxième État le plus peuplé du Nigeria après Lagos.
« On dirait qu’il y a plus de femmes que d’hommes et elles veulent toutes se marier », plaisante Mme Yarmaishinkafi.
Contrairement aux plateformes en ligne, elle procède à des « vérifications approfondies », offre des conseils conjugaux et règle les différends matrimoniaux, le tout pour quatre dollars.
Grâce à ce suivi rigoureux, elle a permis à plus d’un millier de couples de se former et seulement 11 unions qu’elle a facilitées ont abouti à un divorce, affirme celle qui s’est autoproclamée « reine des entremetteuses », un record dans cet Etat où le taux de divorces est l’un des plus élevés du pays.
Anwar Dahiru Abdulmalik, commerçant de 25 ans, recherche une épouse de deux ans sa cadette, grande, au teint clair et issue de la classe moyenne.
« Celle qu’on vient de me montrer me plaît et elle correspond à la tranche d’âge que je recherche », dit-il après avoir consulté des dizaines de photos.
« Mais je dois attendre de la rencontrer en personne pour voir si nous sommes compatibles », ajoute le jeune homme.
