Dakar , 26 fév (SL-INFO) – Dans de nombreux pays, les subventions sur le carburant, le gaz ou l’électricité sont devenues un instrument central de politique sociale. Elles amortissent les hausses des prix internationaux et protègent le pouvoir d’achat des ménages. Lorsque les cours du pétrole flambent, elles permettent d’éviter une transmission immédiate aux transports, aux denrées alimentaires et aux services essentiels. Leur fonction est donc indéniablement stabilisatrice.
Mais ce mécanisme a un coût élevé pour les finances publiques. Selon le Fonds monétaire international, les subventions énergétiques explicites et implicites représentent chaque année plusieurs points de produit intérieur brut dans de nombreux pays émergents et en développement. Dans des contextes budgétaires déjà contraints, ces montants limitent les marges disponibles pour financer l’éducation, la santé ou les infrastructures.
Le paradoxe est que ces dispositifs, conçus pour protéger les plus vulnérables, profitent souvent davantage aux ménages aisés. Les études menées par la Banque mondiale montrent que les ménages les plus riches consomment plus d’énergie et captent donc une part plus importante des subventions généralisées. Les foyers modestes bénéficient proportionnellement moins de ces transferts indirects.
La réforme des subventions énergétiques apparaît alors comme une nécessité budgétaire. Pourtant, l’histoire récente montre qu’elle peut provoquer des réactions sociales intenses lorsque les prix augmentent brutalement. Les hausses du carburant ou de l’électricité se répercutent rapidement sur l’ensemble des biens et services, alimentant une inflation ressentie de manière immédiate par les ménages.
La clé réside dans le séquençage et le ciblage. Remplacer des subventions généralisées par des transferts directs vers les ménages vulnérables permet de maintenir la protection sociale tout en réduisant le coût budgétaire global. Les registres sociaux numériques et les systèmes de paiement mobile offrent désormais des outils pour mieux identifier les bénéficiaires et limiter les effets d’aubaine.
La communication et la prévisibilité jouent également un rôle déterminant. Une réforme progressive, annoncée à l’avance et accompagnée de mesures compensatoires crédibles, réduit l’incertitude et facilite l’acceptation. À l’inverse, une suppression soudaine, sans filet de sécurité visible, alimente la défiance.
Réformer les subventions énergétiques n’implique pas de renoncer à toute intervention publique. Il s’agit plutôt de redéfinir les modalités de soutien afin de concilier équité sociale et discipline budgétaire. L’enjeu n’est pas seulement financier. Il concerne la capacité de l’État à protéger les ménages fragiles tout en préservant sa stabilité macroéconomique.
