Dakar, 11 Mai (SL-INFO) – Dans l’histoire il y a eu des grands hommes mais Alexandre était un « Colosse » disait Ptolémée de la glorieuse chevauchée historique d’Alexandre le Grand de la Grèce à la Perse. Dans notre histoire Wade est aussi un colosse pour avoir été entre autres le dernier des anciens et le premier des modernes mais aussi et surtout le deuxième poumon de l’exception sénégalaise à côté d’un autre « colosse » Léopold Sedar Senghor. Wade au-delà du béton (Stade Abdoulaye Wade) doit aussi être honoré dans les esprits parce que sans Wade, il n’y aurait pas cette exception démocratique sénégalaise qui fait notre fierté et est le plus marqueur dans notre national branding. Les deux poumons de l’exception Sénégalaise sont deux grands intellectuels, deux hommes d’Etat avec un grand sens de sens de l’histoire donc du rang du Sénégal en Afrique et dans le monde. Il n’y aurait pas d’exception Sénégalaise si Senghor à l’instar de ses contemporains (Bokassa, Idi Amin Dada, Sékou Touré, Houphouët Boigny) avait supprimé le multipartisme et le jeu démocratique au profit des partis uniques qui étaient la règle. Cette volonté de Senghor de faire confiance à la democratie n’aurait pas marché s’il n’avait pas eu la chance d’avoir en face de lui un homme à sa dimension comme Wade qui accepte de jouer le jeu de l’opposition légale alors que la mode était à la guérilla et aux oppositions subversives financées de l’extérieur avec la guerre froide.
Le linguiste Pathe Diagne a raison en disant que « Wade clôt le cycle senghorien » car il est de la génération de la lutte des indépendances, de la construction des nations et des Etats en Afrique mais il ouvre aussi un autre cycle, celui de la fin du complexe colonial et des « débats africains » sur la colonisation, les frontières pour se lancer dans la course économique vers l’Emergence comme la Chine, la Malaisie, Singapour. Donc dans notre histoire Wade est le dernier des anciens mais surtout le premier des modernes car la modernité politique c’est grande bataille pour l’Emergence et non le souverainisme anachronique et désuet ou la democratie de Sisyphe des réformes institutionnelles qui sont une perte de temps car le Sénégal n’a pas un problème institutionnel ou électoral mais un problème économique. Wade qui a un grand sens de l’histoire a ouvert la boite de pandore de la démesure et les portes de l’Hubris en 2000. Que serait Dakar aujourd’hui sans l’Autoroute à péage ? Que serait Dakar sans le monument de la Renaissance devenue la carte de visite de notre capitale comme la Tour Eiffel pour Paris et la Statue de la Liberté à New York. Dans notre histoire, Senghor a fait la nation et posé les bases d’un Etat que Diouf a renforcé alors que Wade en ouvrant les portes de l’hubris a posé les jalons qui devaient nous permettre de passer d’un Sénégal indigent au Sénégal Emergent. L’Emergence a une affinité élective avec la démesure et la grandeur qui manquent cruellement à Diomaye-Sonko. Chaque fois que je prends le péage, je ne peux m’empêcher de penser que la route secondaire de Wade (celle qu’on emprunte quand on ne prend pas le péage) est deux fois plus grande que la route principale que nous avions sous Diouf. Il y a quelque chose de profondément napoléonien chez Wade qui comme le corse pense que « l’impossible est le refuge des poltrons et tout ce qui est grand est beau ». Diouf a honoré Senghor, Wade a ressuscité historiquement Blaise Diagne, Macky Sall a réhabilité Mamadou Dia et a honoré hier Diouf et Wade. C’est ça l’exception sénégalaise sur le plan politique dans un continent où souvent la place d’un ancien chef d’Etat est soit l’exil, la prison ou la tombe. Aujourd’hui à l’heure du bilan, les excès de Wade durant ses deux mandats paraissent bien insignifiants comparés à ce qu’il a apporté à notre democratie dont il a été un des piliers en tant qu’opposant, le centre quand il a été Président et une réalité incontournable depuis qu’il a quitté le pouvoir. La vie de Wade est un roman politique. Depuis 1974 à aujourd’hui, rien ne s’est sans lui sur le plan politique. « Au commencement de ce siècle, la France était pour les nations un magnifique spectacle. Un homme (Napoléon) la remplissait alors et la faisait grande qu’elle remplissait l’Europe ». Ainsi parlait Victoire Hugo dans son discours de réception à l’Académie française. Lors des indépendances africaines, le Sénégal de Senghor était ce spectacle magnifique dont parle Hugo et remplissait le continent sur le plan culturel et symbolique. En 2000, Wade qui a toujours cru qu’il était l’héritier légitime de Senghor a voulu aussi remplir le continent comme son successeur et héritier Macky Sall le fera aussi à la tête de l’UA. La modernité politique c’est le combat pour l’Emergence parce qu’il permet au Sénégal de passer de la « democratie des anciens » (les questions de participations, règles du jeu comme la CENI) à la « démocratie des modernes » ( question économique). Le Sénégal après avoir été l’exception démocratique doit avoir l’ambition d’être l’exception économique en étant le premier pays émergent d’Afrique noire parce que pendant que nos voisins stagnent de transition politique en transition politique, le Sénégal se doit d’avancer alternance après alternance et génération après génération profitant de l’avantage comparatif de la stabilité. Malheureusement Diomaye et Sonko qui n’ont aucun sens de l’histoire et de la grandeur du Sénégal vont nous replonger dans la régression politique de la démocratie des anciens avec des reformes intentionnelles inutiles et une CENI qui était déjà anachronique dans les années 1990 pour le Sénégal. De Senghor-Wade à Diomaye-Sonko, le Sénégal est passé des colosses aux nains. Le centenaire de Wade est un superbe lever de soleil parce que comme la Parthénon sur la colline d’Athènes il va nous rappeler notre grandeur avant l’intermède de la décadence pastefienne avec la banalisation et la négation des valeurs qui ont fait la grandeur du Sénégal mais étant donné que la grandeur est consubstantielle à notre histoire on retrouvera les chemins de la grandeur après l’intermède de la décadence.
