Dakar, 09 déc (SL-INFO) – Ce sont des faits qui risquent d’écorner gravement l’image de marque dont l’École supérieure polytechnique de Dakar (ESP) se prévaut depuis plusieurs décennies. Institution universitaire de premier plan mondialement reconnue, surtout en Afrique de l’Ouest, l’ESP a formé d’éminents ingénieurs et techniciens dans les sciences et technologies (génie civil, mécanique, informatique, etc.). L’école est rattachée à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et jouit d’une grande autonomie, ayant de prestigieux partenariats internationaux qui renforce sa réputation d’excellence académique. Un label de qualité en passe de s’embourber dans des pratiques peu orthodoxes.

Selon des informations rapportées par des sources sous le couvert de l’anonymat et triangulées par nos soins, un gros scandale de ‘‘falsification de notes’’ secoue la Licence 2 du département génie électrique (GE) de l’institution. Des étudiants dûment convoqués en session de rattrapage, ont délibérément décidé de ne pas composer dans certains éléments constitutifs (EC) ou matières et se sont quand-même retrouvés avec des notes malgré leur absence non justifiée.

Des étudiants non convoqués, pour certains EC, à la session de rattrapage se sont également retrouvés avec des notes. Comment un étudiant absent à une épreuve d’examen peut-il se retrouver avec des notes ? C’est la question à mille milliards qui turlupine plus d’un. Le plus grave dans tout cela est que des étudiants ont obtenu 60 crédits alors qu’ils ne disposent pas de note sur leur relevé dans un EC. Tout ceci [affirment nos sources] sous la complicité agissante du Chef du département de Génie Électrique (GE), Mamadou Lamine Ndiaye par ailleurs, Professeur Titulaire spécialiste en physique énergétique et énergie solaire et de certains enseignants-chercheurs du département.

Sur six (6) étudiants, quatre (4) se sont absentés aux épreuves de rattrapage de convertisseurs statiques et en convertisseurs et associations aux machines (AMC). Le procès-verbal de délibération de la session normale, validé par le conseil pédagogique, mentionne bien que ces étudiants sont autorisés à faire la session de rattrapage pour l’UE concerné. Violant de manière flagrante les textes réglementaires qui disposent : « pour toute absence d’un étudiant à une épreuve d’examen, mention est faite lors de la saisie ; l’absence à une épreuve d’un élément constitutif entraîne automatiquement le gel des résultats de l’unité d’enseignement (UE) », le chef de département aurait introduit frauduleusement des notes à 3 des quatre absentéistes dans la plateforme en pleine délibération.

En effet l’enseignant responsable de ces EC avait saisi la mention « absent » dans la plateforme, avant la délibération, pour tous les étudiants concernés en respectant scrupuleusement la charte des examens de l’UCAD.

D’après les sources de Seneweb, c’est en conseil de classe convoqué par Monsieur NDIAYE, qu’un collège d’enseignants y compris lui-même, a en effet décidé -à la suite d’un vote- de reconduire pour les 3 étudiants (M.E.S. Faye, A. Kane et A. A. Wade) les notes obtenues à la session normale malgré le refus catégorique du professeur chargé des matières susmentionnées. Ces trois étudiants absents à ces examens ont ainsi été déclarés présents par un collège d’enseignants en outrepassant leur prérogative et en toute violation des textes.

Il est à préciser que la session normale est totalement distincte de la session de rattrapage. Au cours de cette délibération du conseil de classe, le chef de département s’est introduit dans la plateforme pour enlever la mention « absent » et reproduire les notes que ces étudiants avaient obtenues à la session normale. Parmi le collège d’enseignants on y retrouve le directeur des études de l’ESP, nous signale-t-on, qui au lieu d’exiger l’application de la charte des examens, a voté en faveur de cette « forfaiture ».

Saisie par un enseignant du département génie électrique qui a déposé un recours en annulation, la Direction de l’ESP se serait emmurée dans le silence total. Elle a, en violation directe du décret de l’ESP et de la charte des examens, transmis directement les « résultats frauduleux » en l’état afin que les étudiants concernés puissent s’inscrire en année supérieure sans convoquer le conseil pédagogique, la seule instance habilitée d’une part à prononcer l’admission, le redoublement ou l’exclusion d’un étudiant et d’autre part à valider toutes les délibérations en vérifiant leur conformité, leur équité et leur intégrité conformément aux dispositions de la charte des examens.

Les deux étudiants (M.E.S. Faye et A. Kane) se sont absentés respectivement aux épreuves d’examen de rattrapage de contrôle commande des systèmes par API et d’architecture des systèmes à processeurs après avoir été convoqués. L’étudiant A. A. Wade s’est absenté à l’épreuve d’examen de rattrapage d’architecture des systèmes à processeurs car il n’aurait pas été convoqué. « A la surprise générale, des notes leur ont été attribuées », nous souffle une source qui ajoute que l’enseignant responsable de la matière « architecture des systèmes à processeurs » n’est autre que « le chef de département Mamadou Lamine Ndiaye ».

L’étudiant Mohamed Sèye, contrairement à ses camarades qui ont finalement bénéficié de notes, a vu son absence comptabilisée. Dénonçant ce deux poids deux mesures que rien ne justifie, il accuse le Chef de département d’avoir gardé une dent viscérale contre lui parce qu’il ne venait pas en cours. « Ce qu’il ne sait pas c’est que je ne pouvais pas venir en cours parce que j’étais malade. Je n’ai pas fait 45 jours de cours pendant l’année parce que j’étais malade. On m’a dit que j’ai pu valider 45 crédits en session de rattrapage, chose que le chef de département n’a pas du tout aimé et a tout fait pour que je redouble. D’ailleurs, il a dit à un professeur que même si je me retrouve avec une note de 20/20 en AMC, je ne passerai pas », confie l’étudiant joint par téléphone.

En dehors de ces trois, d’autres étudiants d’une autre cohorte se sont absentés à des épreuves d’examen et se retrouvent avec des notes. « Un étudiant est admis au diplôme DUT en étant absent à trois (3) épreuves d’examen et ne dispose pas de note dans une matière pratique. Un autre est admis au diplôme de Licence (formation cours du soir) en ne disposant pas de note dans un élément constitutif car n’ayant pas composé la matière », nous confie une source qui affirme que ces pratiques sont récurrentes aussi dans les autres niveaux de formation (L1, DUT2, etc…) au département génie électrique. Un trafic de notes qui en dit long.

Après plusieurs tentatives, le Chef de département a finalement reçu Seneweb mais a décidé de ne pas donner sa version. Le directeur des études de l’ESP, L. Thiaw, actuellement hors du pays, nous a donné rendez-vous jeudi prochain à l’ESP pour se prononcer sur l’affaire. Un professeur contacté par Seneweb confirme les faits et confie que le dossier est en cours de traitement à la gendarmerie et au Rectorat de l’université.

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