Dakar, 30 avril (SL-INFO) – Un atelier régional consacré au mariage des enfants et aux violences sexuelles en Afrique de l’Ouest et du Centre s’est ouvert ce mercredi à Dakar. Cette rencontre met l’accent sur un levier jugé déterminant : la production et l’utilisation de données fiables pour orienter les politiques publiques. Dans une région où près de 60 millions de jeunes filles sont déjà mariées, dont quatre sur dix avant l’âge de 18 ans, les chiffres sont certes disponibles, mais leur exploitation stratégique reste un défi majeur pour les experts réunis dans la capitale sénégalaise.
Charles Mouté, représentant de l’Union pour l’étude de la population africaine (UAPS), a souligné que les données ont une valeur limitée si elles restent confinées aux rapports académiques. Face à la persistance du phénomène, il a insisté sur la nécessité de produire des analyses plus fines, capables d’aller au-delà des simples statistiques de prévalence. Pour lui, il est crucial de mieux comprendre les parcours des adolescentes, les défaillances institutionnelles et les obstacles sociaux qui freinent encore les progrès sur le terrain.
Dans la même dynamique, Christian Ngoménzey, du Population and Health Research Institute, a rappelé que la recherche doit être directement connectée aux décisions politiques pour transformer les réalités. Ce constat est partagé par le Dr Cheikh Mbacké Faye, directeur exécutif de l’APHRC pour l’Afrique de l’Ouest, qui plaide pour une science utile et ancrée dans les réalités africaines. Il considère que la recherche n’est pas une fin en soi, mais un levier essentiel pour ajuster les programmes de protection et renforcer la production scientifique locale, encore marginale à l’échelle mondiale.
L’objectif central de cet atelier est donc de transformer les données en véritables outils d’aide à la décision. Les participants travaillent à la rédaction d’articles scientifiques rigoureux tout en réfléchissant aux mécanismes permettant leur appropriation par les décideurs et les ONG. En misant sur la qualité des évidences et leur traduction en actions concrètes, l’atelier de Dakar ambitionne de poser les bases d’un changement de paradigme où la lutte contre les violences sexuelles s’appuie sur des preuves solides pour construire des réponses durables.
