Dakar, 25 fév (SL-INFO) – L’industrialisation repose sur une condition élémentaire et souvent sous-estimée dans le débat public, l’accès à une énergie abondante, fiable et compétitive. Lorsque le coût de l’électricité est élevé ou que l’approvisionnement demeure irrégulier, l’impact dépasse la simple facture énergétique. Il se répercute sur les prix, les marges, l’investissement et, à terme, sur la capacité d’un pays à transformer son économie.

Au Sénégal, le prix moyen du kilowattheure pour les clients industriels figure parmi les plus élevés d’Afrique de l’Ouest. Selon les données publiques de la Commission de régulation du secteur de l’électricité et de la Senelec, les tarifs industriels peuvent dépasser 90 FCFA par kilowattheure selon les tranches et la puissance souscrite. À titre de comparaison, certains pays concurrents en Afrique du Nord ou en Asie bénéficient de coûts énergétiques nettement inférieurs, en partie grâce à une production massive à base de gaz ou de charbon à grande échelle.

Pour une entreprise agroalimentaire, une usine de transformation de produits halieutiques ou un atelier de métallurgie légère, l’énergie représente une part significative des charges d’exploitation. Lorsque le prix du kilowattheure est élevé, le coût unitaire de production augmente mécaniquement. L’entreprise doit soit répercuter cette hausse sur ses prix, au risque de perdre en compétitivité face aux importations, soit absorber la charge au détriment de sa rentabilité.

La question ne se limite pas au tarif. La qualité de l’approvisionnement joue un rôle tout aussi déterminant. Bien que la situation se soit améliorée par rapport aux années marquées par les délestages fréquents, certaines zones industrielles continuent de signaler des coupures ou des fluctuations de tension. Pour se prémunir, de nombreuses entreprises investissent dans des groupes électrogènes. Cette solution d’appoint entraîne des dépenses supplémentaires en carburant et en maintenance, ce qui alourdit encore les coûts.

Cette contrainte énergétique influence les décisions d’investissement. Un entrepreneur qui compare plusieurs pays pour implanter une unité de production examine attentivement le prix et la stabilité de l’électricité. Une énergie chère réduit l’attractivité relative du territoire, même si d’autres facteurs, comme la stabilité macroéconomique ou l’accès au marché régional, sont favorables.

Les effets macroéconomiques sont tangibles. Une industrie peu compétitive limite la diversification des exportations et la création d’emplois qualifiés. Elle renforce la dépendance aux importations de biens transformés, ce qui pèse sur la balance commerciale. Le coût de l’électricité devient alors un paramètre central de la stratégie industrielle nationale.

Des évolutions sont en cours. Le développement des centrales à gaz, notamment avec l’entrée en production des ressources gazières offshore, ouvre la perspective d’un mix énergétique moins coûteux à moyen terme. Le déploiement des énergies renouvelables, qui représentent déjà une part croissante de la capacité installée, contribue également à diversifier les sources et à stabiliser l’offre.

Cependant, la réduction durable du coût de l’électricité suppose une gestion financière rigoureuse du secteur, une amélioration de l’efficacité technique et une planification cohérente des investissements. Sans ces ajustements, l’énergie continuera d’agir comme une contrainte silencieuse sur la transformation industrielle.

Le prix du kilowattheure n’est pas seulement une donnée technique. Il façonne la compétitivité des entreprises, influence les flux d’investissement et conditionne la trajectoire de développement. Dans une économie qui aspire à monter en gamme, l’électricité n’est pas un simple service public, mais un levier stratégique de l’industrialisation.

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