Saint Louis , 04 mars (SL-INFO) – Le musée du Centre de recherche et de documentation du Sénégal (CRDS, ex-IFAN), en partenariat avec l’Association Alternative, le Musée régional de Thiès et le Musée de Dunkerque, a inauguré ce mardi 3 mars 2026 l’exposition Samba Sadio 1875. Accueillie dans les locaux du CRDS à Saint-Louis, cette initiative remet au cœur de l’actualité la question sensible de la restitution des biens culturels africains.

Fruit d’un travail de recherche approfondi mené par l’Association Alternative, l’exposition retrace la circulation d’objets saisis lors d’une bataille coloniale et conservés en France pendant près de 150 ans. Plusieurs pièces ont ainsi été exceptionnellement rapatriées pour être présentées au public sénégalais, accompagnées d’un éclairage historique sur leur contexte d’acquisition.

Selon Emmanuelle Cadet, présidente de l’Association Alternative, la collection a été identifiée à Dunkerque dans le cadre d’un projet socioculturel consacré à l’héritage controversé du général Louis Faidherbe. Les recherches ont notamment révélé l’implication de son neveu, Émile Faidherbe, alors lieutenant de l’armée française, dans la bataille dite de Kokou ou de Samba Sadio, survenue le 11 février 1875.

Ce combat opposa les troupes françaises et celles de Lat Dior, Damel du Cayor, aux forces du chef religieux tijane Amadou Cheikhou Ba. Huit biens culturels prélevés sur le champ de bataille sont aujourd’hui exposés, parmi lesquels une selle du Soudan, une planchette coranique destinée à l’apprentissage de la lecture, des sacs à balles, un marteau, un portemonnaie contenant des versets du Coran, une pierre à fusil en silex, un collier d’amulettes de guerre ainsi qu’une bride et un mors.

Pour Emmanuelle Cadet, ces objets, acquis dans des conditions historiquement contestables, pourraient faire l’objet d’une demande officielle de restitution par l’État du Sénégal. Elle rappelle toutefois que toute restitution matérielle doit s’appuyer sur un solide travail de recherche historique, préalable indispensable à toute démarche institutionnelle. Dans ce sens, elle invite les citoyens à interpeller les autorités, la demande n’ayant pas encore été formellement introduite par l’État sénégalais.

De son côté, le professeur Abdou Sow, directeur du CRDS de Saint-Louis, s’est félicité de la portée scientifique et symbolique de l’exposition. Pendant au moins un mois, les visiteurs pourront découvrir ces objets et renouer avec une partie méconnue de leur histoire.

Selon lui, cette initiative contribue à la fois à faire connaître le patrimoine sénégalais à l’international et à permettre aux Sénégalais de se réapproprier leur héritage culturel. Il a également souligné que le Sénégal a déjà engagé un travail préparatoire en vue d’éventuelles demandes de restitution, à travers l’élaboration de politiques culturelles, la création de centres de formation spécialisés et le développement de filières universitaires dédiées aux métiers du patrimoine.

« L’enjeu est de réunir toutes les conditions nécessaires : disposer d’experts qualifiés et de musées capables d’assurer la conservation de ces collections », a-t-il expliqué, tout en reconnaissant que le pays se trouve encore dans une phase d’identification de ces biens longtemps restés dans l’ombre.

Pour le directeur du CRDS, les avancées enregistrées ces dernières années placent désormais le Sénégal en bonne position pour engager officiellement le processus de restitution. « Le moment est venu de demander le retour de ces biens, mais cela doit se faire dans le respect de toutes les exigences scientifiques et institutionnelles », a-t-il conclu.

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