Dakar, 04 mars( SL-INFO)- Le cap de la Chine pour les cinq prochaines années : une feuille de route sous haute tension
Pékin lève le rideau sur ses « Deux Sessions », le grand rendez-vous politique annuel où se dessine l’avenir de la deuxième puissance mondiale. Plus qu’un simple rituel, le Congrès National du Peuple (CNP) s’apprête à dévoiler le 15ème plan quinquennal (2026-2030), une feuille de route stratégique élaborée dans un climat de ralentissement économique, de tensions géopolitiques et de consolidation du pouvoir sans précédent par le président Xi Jinping.
L’obsession de l’autosuffisance technologique
Au cœur de la nouvelle stratégie chinoise se trouve une ambition claire : l’autosuffisance industrielle. Face à la rivalité technologique avec les États-Unis, Pékin entend accélérer le développement de secteurs clés. « Le gouvernement chinois devrait présenter une série d’initiatives visant à développer l’intelligence artificielle de nouvelle génération, la production de semi-conducteurs avancés, la modernisation industrielle et l’expansion de son secteur des énergies renouvelables », analyse William Yang, de l’International Crisis Group.
Cette volonté de souveraineté s’accompagne de la nécessité de s’attaquer aux maux internes. Le premier ministre Li Qiang doit présenter un objectif de croissance du PIB qui, selon le FMI, pourrait se situer entre 4,5 et 5%. Un chiffre ambitieux qui devra composer avec une confiance des consommateurs en berne et un modèle économique à réinventer.
Lutter contre « l’involution » et stimuler la demande
Un des défis majeurs sera de combattre le phénomène de « l’involution », une compétition interne excessive et contre-productive. Fred Gao, auteur de la newsletter Inside China, décrit des « guerres de prix acharnées où les entreprises se cannibalisent pour des parts de marché, en ignorant la qualité ». Le plan quinquennal devra proposer des solutions pour sortir de ce « cercle vicieux du bas prix, de la basse qualité et des faibles marges ».
Parallèlement, Pékin cherche à pivoter d’une économie tirée par l’immobilier et la construction vers un modèle basé sur la consommation. Lynn Song, économiste en chef pour la Grande Chine chez ING Group, s’attend à des « politiques ciblant la demande intérieure et la promotion de la croissance dans le secteur des services ». Des concepts innovants comme « l’économie de basse altitude », qui vise à utiliser des drones pour la logistique, pourraient également émerger.
Un pouvoir politique verrouillé
Cette grande manœuvre économique se déroule dans un contexte politique de reprise en main. L’absence notable d’au moins 19 délégués, dont neuf hauts gradés de l’armée, démis de leurs fonctions, illustre la campagne menée par Xi Jinping pour asseoir son autorité. Pour les analystes, il s’agit moins d’une simple lutte anti-corruption que d’une stratégie pour éliminer toute faction dissidente. « Xi essaie de s’assurer que le système de gouvernance du Parti communiste chinois est dirigé par une loyauté absolue envers lui », explique William Yang. Une loyauté indispensable pour mettre en œuvre une vision aussi ambitieuse.
Vers une assimilation culturelle accrue
Le volet économique n’est pas le seul à l’agenda. Une nouvelle « Loi sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques » sera examinée de près. Alors que la Chine reconnaît 56 groupes ethniques, cette loi pourrait, selon Changhao Wei du site NPC Observer, imposer « l’abandon des privilèges et des distinctions ethniques, et la création proactive d’une culture, d’une conscience et d’une identité communes ». Une démarche qui fait craindre une accélération de l’assimilation politique et sociale des minorités au sein d’une identité nationale centralisée.
