Dakar, 10 mars (SL-INFO) – Face à l’emprise des gangs armés, les opérations de maintien de l’ordre en Haïti ont pris un tournant particulièrement létal. Un récent rapport documente un lourd bilan humain, incluant de nombreuses victimes civiles, lié à une nouvelle stratégie employée par les autorités avec l’appui d’opérateurs privés.

Selon les données de Human Rights Watch (HRW) consultées par notre rédaction et relayées par Al Jazeera, les forces de sécurité haïtiennes, soutenues par Vectus Global, une société militaire privée sous licence américaine, utilisent des drones quadricoptères équipés d’explosifs. Depuis le mois de mars de l’année dernière, ces frappes ont causé la mort d’au moins 1 243 personnes et fait 738 blessés.

Ces opérations se déroulent fréquemment dans des zones très densément peuplées de la capitale, Port-au-Prince. L’enquête révèle qu’entre mars et le 21 janvier, 60 personnes n’ayant aucun lien présumé avec les groupes criminels, dont 17 enfants et 43 adultes, ont été tuées dans le seul département de l’Ouest. Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques chez HRW, a appelé les autorités haïtiennes à encadrer d’urgence ces forces de sécurité et leurs sous-traitants privés.

Le recours à cet arsenal connaît une nette accélération. HRW a recensé 57 attaques entre novembre et fin janvier, soit près du double des 29 frappes enregistrées d’août à octobre. L’organisation s’appuie notamment sur l’analyse de vidéos géolocalisées montrant ces appareils larguant des explosifs sur des véhicules et des individus qui, selon le document, ne semblaient pas poser de menace imminente.

L’une des interventions documentées s’est déroulée le 20 septembre dans le quartier de Simon Pelé. Une frappe a tué neuf personnes, dont trois enfants, alors que le chef du gang local s’apprêtait à distribuer des cadeaux. Un résident a témoigné de la violence de l’explosion, qui a arraché les pieds d’un bébé.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme avait déjà qualifié ces méthodes de disproportionnées et potentiellement illégales en octobre dernier. De son côté, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a indiqué le mois dernier qu’aucune enquête ne semblait ouverte sur ces pertes humaines. Enfin, HRW précise n’avoir trouvé aucune preuve d’une utilisation massive de ces drones par les groupes criminels, qui contrôlent pourtant 90 % de la capitale.

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