Dakar, 26 mars(SL-INFO) – La chambre de jugement financière du Pool judiciaire financier ouvre, ce jeudi, un dossier explosif mêlant trafic international de drogue, blanchiment de capitaux et tentative de corruption. Au banc des accusés, cinq individus, dont un ressortissant américain et un administrateur de société, présentés comme les maillons d’un réseau opérant dans les quartiers huppés des Almadies.

Selon l’ordonnance de non-lieu partiel, de disqualification et de renvoi rendue par le juge d’instruction du 2e cabinet, les membres du réseau ont été identifiés comme suit : B. Ndiaye, 46 ans, administrateur de société, domicilié à la cité Mbackiyou Faye ; Ch. Tchania alias « Tom », 49 ans, animateur, domicilié à Ngor ; Kh. Diarassouba, 32 ans, de nationalité ivoirienne, commerçante, domiciliée à la cité Mbackiyou Faye ; C. V. Hoover, 35 ans, de nationalité américaine, agent sportif, domicilié aux Maristes ; B. Coly, 54 ans, domicilié à Grand Dakar ; ainsi que deux autres individus identifiés comme Germaine et Julien. Ils sont inculpés des chefs d’association de malfaiteurs, de trafic international de drogues, d’offre ou de cession de drogues, de refus d’obtempérer, de mise en danger de la vie d’autrui, de tentative de corruption, de blanchiment de capitaux et de tentative d’escroquerie au préjudice d’une personne non encore identifiée.

Le film de la filature qui a fait tomber le réseau

Le groupe a été placé sous mandat de dépôt le 26 octobre 2024. Il ressort de la procédure que, pour démanteler un réseau de trafic de drogue dure opérant dans la zone des Almadies et ses environs, les enquêteurs de l’OCRTIS avaient mis en place un dispositif de surveillance. Une filature a permis, après quelques jours d’observation, d’identifier deux membres actifs du réseau. Ainsi, le 16 octobre 2024, l’un d’eux, identifié comme étant B. Ndiaye, a quitté son domicile à bord de son véhicule pour se rendre chez l’un de ses acolytes, connu sous le pseudonyme de « Tom », afin d’y récupérer des enveloppes. Il s’est ensuite dirigé vers les Almadies pour remettre ces enveloppes en cours de route à un individu à moto qui, à son tour, les remettait à une dame au pied d’un immeuble.

Poursuivant la filature, une autre équipe de l’OCRTIS a intimé à B. Ndiaye l’ordre de s’arrêter. Celui-ci a refusé d’obtempérer, tentant de forcer le passage et de contourner les agents. Le véhicule, finalement immobilisé, était occupé par B. Ndiaye et l’Américain Hoover. B. Ndiaye aurait alors proposé la somme de 10 000 000 F CFA aux agents pour se tirer d’affaire. La fouille corporelle de B. Ndiaye a permis la saisie de 21 sachets de cocaïne d’un poids total de 52,5 grammes, de 1 000 000 F CFA en numéraire et de trois téléphones portables. Sur la personne de Hoover, il a été découvert sept cigarettes électroniques contenant du cannabis.

Les investigations ayant suivi ces interpellations ont conduit à l’arrestation de Kh. Diarassouba, identifiée comme la compagne de B. Ndiaye, ainsi que de « Tom », identifié comme Ch. Tchania, présenté comme un revendeur de drogue au sein du réseau.

1,652 kg de cocaïne saisis lors d’une perquisition

La perquisition menée au domicile de B. Ndiaye a permis de découvrir des rouleaux de scotch, des enveloppes kaki et des sachets en plastique similaires à ceux utilisés pour le conditionnement de la cocaïne. La visite domiciliaire effectuée chez Diarassouba a permis la saisie de 68 boulettes de cocaïne de 20 g chacune, 84 sachets de 2 g, 62 sachets de 1 g et 30 sachets de 0,5 g, pour un poids total de 1,652 kg, ainsi que diverses sommes en devises étrangères.

Interrogé, Ch. Tchania a déclaré que B. Ndiaye était auparavant son fournisseur lorsqu’il travaillait dans une boîte de nuit. Après la perte de son emploi, il serait devenu son livreur afin de couvrir sa consommation personnelle. B. Coly, pour sa part, a affirmé avoir été recruté comme technicien de surface par B. Ndiaye, avec lequel il entretenait des relations qualifiées de fraternelles. L’exploitation de son téléphone portable a révélé des photographies de lingots d’or factices ainsi que des échanges relatifs à une vente d’or avec des ressortissants gambiens. C. V. Hoover a reconnu qu’au moment de son interpellation, il détenait sept cigarettes électroniques de type « live resin » à base de cannabis, qu’il affirme avoir reçues d’une connaissance pour sa consommation personnelle. Diarassouba a, dans un premier temps, déclaré que B. Ndiaye était son compagnon et qu’il l’avait fait venir au Sénégal en lui promettant de l’aider à poursuivre ses études, avant de lui demander de conserver sa marchandise illicite dans un appartement meublé mis à sa disposition. Elle a ajouté qu’il lui arrivait de couper la drogue avant son conditionnement. L’exploitation de son téléphone a permis d’identifier une certaine « Germaine », domiciliée en Guinée, comme fournisseur de B. Ndiaye, ainsi que des reçus de transferts d’argent.

À l’instruction, ils se rétractent et accusent les enquêteurs

Entendu à l’enquête, B. Ndiaye a initialement refusé de répondre aux questions et de signer le procès-verbal, avant de revenir sur cette position devant le juge d’instruction. Il a alors soutenu que, le jour des faits, il se trouvait à bord de son véhicule en compagnie de Hoover, lorsque le véhicule banalisé des agents de l’OCRTIS a heurté le sien pour l’immobiliser. Il affirme avoir été extrait de force et fouillé, précisant que la perquisition de son domicile serait restée infructueuse. Selon lui, ne disposant d’aucun élément contre lui, les enquêteurs l’auraient assimilé à un certain « Ismaïl », recherché pour trafic de drogue, et l’auraient maltraité pour lui faire reconnaître les faits. Il conteste en outre toute tentative de corruption.

Devant le magistrat instructeur, la dame Diarassouba est revenue sur ses déclarations initiales, affirmant qu’elle vivait dans l’appartement perquisitionné avec son conjoint nommé Ismaïla Fall, alors en voyage. Elle a également soutenu ne pas connaître B. Ndiaye, ajoutant que ses premières déclarations lui auraient été dictées par les enquêteurs en l’absence d’un avocat.

Ch. Tchania a, de la même manière, déclaré avoir été interpellé alors qu’il se rendait à sa boutique. Selon lui, les agents lui auraient demandé en chemin s’il connaissait un nommé Ismaïla Fall, avant de lui présenter B. Ndiaye au poste de police, qu’il affirme ne pas connaître.

Enfin, C. V. Hoover a contesté la découverte des cigarettes électroniques dans son sac, affirmant avoir signé le procès-verbal sans en comprendre le contenu, en raison de la langue française, et en l’absence de son avocat.

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