Dakar, 26 mars(SL-INFO) – Dans plusieurs grandes villes ouest-africaines, le prix du foncier a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies. La croissance démographique, l’urbanisation rapide et l’attrait pour l’investissement immobilier ont transformé la terre en un actif financier recherché. Acheter un terrain n’est plus seulement une manière de construire, mais aussi un placement considéré comme sûr, souvent plus rentable que d’autres formes d’investissement. Cette dynamique peut créer de la richesse pour certains acteurs, mais elle complique la planification urbaine et renchérit le coût du logement pour une grande partie de la population.

À Dakar, la hausse des prix du terrain illustre cette évolution. Dans plusieurs zones de la capitale et de sa périphérie, les valeurs foncières ont été multipliées en quelques années, notamment dans des quartiers comme les Almadies, Ngor, Yoff ou sur l’axe Diamniadio. Des parcelles attribuées initialement à des prix accessibles sont parfois revendues plusieurs fois avant toute construction, générant des plus-values importantes. Ce phénomène attire des investisseurs qui achètent pour revendre plus tard, sans forcément développer de projet immobilier, ce qui réduit l’offre disponible pour le logement ou pour les activités économiques.

La spéculation foncière ne concerne pas seulement les particuliers. Elle peut aussi toucher des opérations de plus grande envergure, liées à des projets urbains ou à des extensions de villes. L’annonce d’une nouvelle route, d’une zone industrielle ou d’un programme public suffit parfois à faire monter les prix, avant même le début des travaux. Les terrains changent de main, les coûts augmentent et les projets deviennent plus difficiles à réaliser, car le prix du foncier représente une part croissante du coût total.

Cette situation complique la politique du logement. Lorsque les prix du terrain augmentent plus vite que les revenus, la construction de logements accessibles devient difficile, même avec des programmes publics. Les promoteurs répercutent le coût du foncier sur le prix final, ce qui exclut une grande partie des ménages du marché formel. L’autoconstruction et l’urbanisation non planifiée se développent alors en périphérie, avec des conséquences directes sur les transports, les services publics et l’organisation des villes.

La spéculation peut aussi détourner des ressources de l’investissement productif. Dans un environnement où le foncier prend rapidement de la valeur, certains investisseurs préfèrent acheter des terrains plutôt que de financer des entreprises ou des activités industrielles, jugées plus risquées. Cette orientation de l’épargne vers l’immobilier réduit les capitaux disponibles pour la production, alors même que les économies ont besoin d’investissements dans l’industrie, l’agriculture ou les services à forte valeur ajoutée.

Le foncier reste un élément essentiel du développement, mais sa valorisation rapide peut devenir un obstacle lorsqu’elle échappe à toute régulation. Une politique urbaine efficace suppose une meilleure planification, une sécurisation claire des droits de propriété et des mécanismes capables de limiter les hausses excessives. Sans cela, la terre cesse d’être un support pour le développement et devient un facteur d’exclusion et de déséquilibre économique.

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *