Dakar, 30 mars(SL-INFO) – La grogne monte sur le littoral sénégalais. Réunis en conférence de presse à Bargny, les professionnels de la pêche artisanale ont dressé un bilan exhaustif des drames survenus en mer ces dernières années. Face à la multiplication des naufrages et des disparitions d’embarcations, ces acteurs pointent du doigt le mutisme des autorités et exigent une intervention directe des plus hautes instances du pays.

Selon les informations rapportées par le journal Sud Quotidien, la plateforme des acteurs de la pêche artisanale (PAPAS), le Réseau des femmes de la pêche artisanale (REFEPAS) et la Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED) ont dénoncé l’absence totale d’assistance pour les équipages évoluant dans la zone économique exclusive (ZEE). De nombreux cas de disparitions signalés aux services du ministère des Pêches et de l’Économie maritime entre janvier 2025 et mars 2026 n’ont donné lieu à aucune opération de recherche effective de la part des secours maritimes.

Les données présentées lors de cette rencontre illustrent l’ampleur des pertes humaines et matérielles. Abdou Karime Sall, président de l’Association pour la gestion intégrée des ressources naturelles de l’environnement (Agire), a détaillé les statistiques de la seule région de Saint-Louis : entre 2018 et mars 2026, 359 accidents y ont été recensés, causant le décès de 218 pêcheurs et la disparition de 79 autres. Le préjudice économique pour cette zone est évalué à plus de 1,7 milliard de francs CFA.

Ces drames s’étendent à l’ensemble de la côte sénégalaise. Des pertes en vies humaines et des chavirements ont été comptabilisés à Lompoul, Cayar, Yarakh, Yoff, Yenne, Ngaparou et Elinkine. À Kafountine, entre janvier 2025 et février 2026, les acteurs ont dénombré 19 naufrages, 11 collisions et 4 pirogues disparues.

Pour endiguer cette crise, les professionnels du secteur ont formulé une série de requêtes spécifiques adressées au Président Bassirou Diomaye Faye. Ils réclament l’homologation immédiate d’un kit de géolocalisation pour les pirogues et le déploiement d’un programme d’équipement dédié. Ils exigent également le respect de la promesse visant à repousser les navires industriels au-delà des 12 milles nautiques, l’application intégrale des 13 engagements de la charte de la CONAPED, ainsi qu’une lutte structurée contre l’exploitation des juvéniles.

Les représentants syndicaux n’excluent pas d’engager des actions sur le terrain si l’État maintient sa posture actuelle. Mamadou Sarr, président de la PAPAS, a résumé la position de la corporation par une déclaration directe à l’attention des autorités : « Prenez vos responsabilités, sinon nous prendrons les nôtres ».

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