Dakar, 30 mars(SL-INFO) – Le Sénégal enregistre un chiffre inédit sur le continent avec 15 femmes occupant le poste de directrice générale au sein de banques et d’institutions financières. Malgré cette forte représentation féminine au sommet du secteur, les entrepreneures sénégalaises n’obtiennent qu’une fraction minime des crédits disponibles. Ce paradoxe a été au centre de la conférence Vision’Elles, organisée le 27 mars à Dakar par Intelligences Magazine, où ces dirigeantes ont détaillé les obstacles concrets à l’octroi de financements.
Le premier frein identifié lors de cette rencontre est d’ordre structurel et juridique. Comme le rapporte Le Quotidien, la majorité des femmes peinent à présenter des garanties jugées acceptables par les établissements bancaires. Evelyne Tall, première femme à avoir dirigé une banque commerciale au Sénégal, explique que les biens immobiliers ou fonciers détenus par les femmes sont souvent non formalisés ou enregistrés au nom du foyer, les rendant inéligibles comme collatéral. La présence à cette rencontre de Me Aïda Diawara Diagne, présidente de la Chambre des notaires du Sénégal, indique une prise en compte de ce verrou notarial, souvent aggravé par des procédures administratives dissuasives.
Au-delà des garanties matérielles, un obstacle psychologique limite les initiatives. Ndèye Coumba Tew Aw, directrice générale du Sunu Group, souligne que de nombreuses femmes s’auto-censurent et anticipent un refus bancaire avant même de constituer un dossier. Face à cette peur de l’échec, Khady Dior Ndiaye, actuelle directrice générale de Kosmos Energy et ancienne dirigeante de Citibank, a partagé son parcours en insistant sur la nécessité pour les entrepreneures de sortir de leur zone de confort pour saisir de nouvelles opportunités.
Un autre constat majeur partagé par ces professionnelles de la finance concerne le manque d’information sur les ressources existantes. Des lignes de crédit spécifiquement dédiées aux femmes demeurent inexploitées. Astou Rose Gaye, directrice générale de la Banque de l’habitat du Sénégal (BHS), a révélé que sur les 130 programmes en cours au sein de son institution, 27 milliards de francs CFA de financements sont orientés vers les femmes, mais restent largement méconnus. De même, la Banque africaine de développement (BAD) dispose de fonds dédiés qui ne sont pas débloqués faute de sollicitations adéquates.
Pour inverser cette tendance, les dirigeantes préconisent un accompagnement qui dépasse le simple octroi de fonds. Nouma Dione, directrice pays de la SFI (Groupe Banque mondiale), a mentionné un partenariat avec la Banque islamique et Baobab ayant permis de lever quatre millions de dollars pour une centaine de femmes, avec l’objectif d’élargir ce programme à mille bénéficiaires. Adji Sokhna Mbaye, directrice générale de Boad Titrisation, rappelle que la bonne gouvernance des PME reste une condition préalable à tout financement durable. Enfin, si le rôle de la microfinance est salué, les intervenantes insistent sur la nécessité de la dépasser pour accéder à des financements de plus grande envergure, couplés à une éducation financière.
