Dakar, 31 mars(SL-INFO)– Les marchés financiers ouest-africains existent depuis plusieurs décennies, mais leur poids dans le financement de l’économie reste modeste. Malgré les progrès enregistrés par la BRVM, peu d’entreprises lèvent des fonds en Bourse et les volumes d’échanges demeurent faibles. Cette situation réduit la capacité des marchés à financer les investissements privés et laisse les banques en première ligne.

La BRVM, basée à Abidjan, compte un peu moins de 50 sociétés cotées pour l’ensemble des pays de l’UEMOA. Ce chiffre reste faible au regard de la taille de l’économie régionale et du nombre d’entreprises actives. À titre de comparaison, la seule bourse du Maroc rassemble plus de 75 entreprises cotées, tandis que celle de l’Afrique du Sud en compte plusieurs centaines.

Le marché régional souffre surtout d’un manque de liquidité. Peu d’investisseurs achètent et revendent régulièrement des titres, ce qui limite les échanges quotidiens. Beaucoup d’actions restent détenues sur le long terme par des investisseurs institutionnels, des familles fondatrices ou des groupes stratégiques qui ne souhaitent pas céder leurs parts. Résultat, certaines valeurs s’échangent très peu et il peut être difficile d’acheter ou de vendre rapidement des titres sans influencer fortement leur prix.

Cette faible profondeur s’explique aussi par la structure du tissu économique régional. Une grande partie des entreprises est de petite taille, peu formalisée ou familiale. Beaucoup hésitent à entrer en Bourse en raison des exigences comptables, des obligations de publication financière ou de la perte partielle de contrôle que suppose une ouverture du capital. Pour plusieurs dirigeants, le financement bancaire apparaît plus simple et plus familier, même lorsqu’il est coûteux.

Les États occupent également une place dominante sur les marchés régionaux. Les émissions de titres publics se multiplient depuis plusieurs années pour financer les déficits budgétaires. Les banques, les compagnies d’assurance et les caisses de retraite préfèrent souvent acheter ces obligations souveraines, jugées plus sûres et plus rentables à court terme, plutôt que de financer des entreprises privées. Cette préférence réduit encore les ressources disponibles pour les sociétés qui souhaiteraient lever des capitaux sur le marché.

L’absence d’une base large d’investisseurs particuliers constitue un autre frein. Dans plusieurs pays, peu de ménages investissent directement en Bourse. Les marchés financiers restent souvent perçus comme réservés à une minorité d’initiés ou à de grands investisseurs institutionnels. Cette faible culture boursière limite les volumes échangés et empêche l’émergence d’un marché plus dynamique.

Le paradoxe est que les besoins de financement sont immenses. Les entreprises recherchent des capitaux pour investir, les États multiplient les projets d’infrastructure et les banques ne peuvent pas absorber seules l’ensemble de ces demandes. Un marché financier plus actif permettrait de diversifier les sources de financement, de réduire la dépendance aux bailleurs extérieurs et de mieux mobiliser l’épargne locale.

La montée en puissance de nouveaux compartiments dédiés aux PME, l’arrivée progressive de fintechs spécialisées dans l’investissement et une meilleure information du public pourraient faire évoluer la situation. Mais tant que le nombre d’entreprises cotées restera faible et que les investisseurs privilégieront les placements les plus sûrs, les marchés financiers régionaux continueront d’occuper une place secondaire dans le financement de l’économie.

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