Dakar, 03 avril (SL-INFO) – L’Afrique de l’Ouest affiche depuis plusieurs années une progression rapide de la bancarisation. L’ouverture de comptes bancaires, le développement du mobile money et l’essor des services financiers numériques donnent l’image d’une inclusion financière en nette amélioration. Pourtant, derrière cette hausse du nombre de comptes, l’usage réel des services reste souvent plus limité qu’il n’y paraît.
Selon la base de données Global Findex 2021 de Banque mondiale, 56 % des adultes en Afrique subsaharienne disposent désormais d’un compte auprès d’une banque, d’un établissement de microfinance ou d’un service d’argent mobile, contre 42 % en 2017. Cette progression a été particulièrement rapide dans les pays où les services de paiement mobile se sont développés, comme le Kenya, le Ghana ou le Sénégal.
Au Sénégal, les chiffres de la BCEAO montrent que le taux global d’inclusion financière dépassait 71 % en 2023 si l’on additionne banques, microfinance et services financiers numériques. Le mobile money joue un rôle majeur dans cette évolution grâce à des plateformes comme Wave, Orange Money ou Free Money. Ces outils facilitent l’accès aux paiements, aux transferts d’argent et à certaines formes d’épargne.
Mais ces chiffres masquent une réalité plus nuancée. Beaucoup de comptes sont ouverts sans être véritablement utilisés. Certains servent uniquement à recevoir un salaire, une aide sociale ou un transfert familial avant d’être aussitôt vidés. D’autres restent inactifs pendant plusieurs mois. Selon la Banque mondiale, près d’un tiers des comptes ouverts en Afrique subsaharienne sont peu utilisés ou totalement dormants.
L’accès aux services financiers ne signifie pas automatiquement accès au crédit, à l’épargne formelle ou à l’assurance. Une grande partie des ménages continue de fonctionner essentiellement en espèces. De nombreux petits commerçants, artisans ou travailleurs informels disposent d’un compte mobile mais ne l’utilisent pas pour emprunter, investir ou sécuriser leur épargne. Les frais, la faible confiance dans les institutions financières, l’irrégularité des revenus et le manque d’éducation financière expliquent en partie cette situation.
Cette différence entre accès et usage réel apparaît aussi dans le faible recours au crédit formel. Dans plusieurs pays de l’UEMOA, moins de 15 % des adultes ont déjà emprunté auprès d’une banque ou d’une institution financière. Les services financiers restent souvent concentrés sur les paiements et les transferts plutôt que sur des produits plus sophistiqués capables de soutenir l’investissement ou la résilience des ménages.
La bancarisation progresse donc bel et bien, mais elle reste partielle. Ouvrir un compte est une première étape. Le véritable changement suppose ensuite un usage régulier des services financiers, un meilleur accès au crédit, à l’épargne et à l’assurance, ainsi qu’une confiance plus forte dans les institutions. Tant que ces dimensions restent limitées, la hausse du nombre de comptes continuera de donner une image parfois plus flatteuse que la réalité.
