Dakar , 08 avril (SL-INFO) – Dans de nombreuses villes africaines, les prix du foncier et du logement augmentent beaucoup plus vite que les revenus des ménages. Dakar, Abidjan, Lagos ou Accra connaissent depuis plusieurs années une forte hausse de la valeur des terrains, des appartements et des maisons. Cette progression profite aux propriétaires et aux investisseurs, mais elle éloigne une part croissante de la population de l’accès au logement.
L’inflation des actifs désigne précisément cette hausse rapide de la valeur de certains biens, notamment l’immobilier, les terrains ou parfois les actions. Contrairement à l’inflation classique, qui mesure l’évolution des prix de la consommation quotidienne, elle touche des actifs patrimoniaux. Elle reste donc moins visible dans les statistiques traditionnelles, mais ses effets sur les inégalités peuvent être considérables.
À Dakar, les prix du foncier ont fortement progressé dans plusieurs quartiers ces dernières années. Dans des zones comme Almadies, Mermoz, Ngor ou Diamniadio, certains terrains ont vu leur valeur doubler ou tripler en moins de dix ans. Cette hausse s’explique par la rareté du foncier, l’urbanisation rapide, les investissements immobiliers et la spéculation.
Le problème est que les revenus ne suivent pas la même trajectoire. Les salaires progressent lentement, tandis que le coût d’acquisition d’un logement devient de plus en plus élevé. Pour une grande partie des ménages, acheter un terrain ou un appartement devient inaccessible sans héritage, aide familiale ou crédit important. Même les classes moyennes urbaines peinent à suivre le rythme.
Cette inflation immobilière accentue les écarts entre propriétaires et non propriétaires. Ceux qui possèdent déjà un terrain ou un logement voient leur patrimoine prendre de la valeur. À l’inverse, ceux qui ne disposent pas d’actifs immobiliers doivent consacrer une part croissante de leurs revenus au loyer ou renoncer à devenir propriétaires. Cela creuse les inégalités patrimoniales, parfois davantage encore que les écarts de revenus.
La hausse des prix du foncier modifie aussi les choix d’investissement. Beaucoup d’épargnants préfèrent acheter un terrain ou construire un immeuble plutôt que financer une entreprise, investir en Bourse ou soutenir des activités productives. L’immobilier devient alors une valeur refuge qui attire une grande partie des capitaux disponibles. Cette orientation peut limiter les ressources consacrées à l’industrie, à l’agriculture ou à l’innovation.
Une partie de cette hausse est liée à la croissance urbaine réelle et à la demande de logements. Mais lorsque les prix augmentent surtout parce que les investisseurs anticipent de futures hausses, la logique spéculative prend le dessus. Les terrains sont conservés sans être construits, les logements restent vides et les prix continuent de monter sans lien avec les besoins réels des habitants.
L’inflation des actifs devient ainsi un facteur de fracture sociale et territoriale. Elle enrichit une minorité déjà propriétaire, tout en éloignant une part grandissante des ménages des centres urbains et de l’accès à la propriété. Dans plusieurs grandes villes africaines, le logement n’est plus seulement une question sociale, mais aussi un révélateur des déséquilibres économiques.
