Dakar, 30 avril (SL-INFO) – Reporters Sans Frontières (RSF) a dévoilé, ce jeudi, son classement 2026 sur la liberté de la presse. Le Sénégal, qui a été rangé dans les pays à «situation problématique», n’a pas amélioré son score, ni son classement. Au contraire, il a reculé de 4 places, puisqu’il s’est classé 78ème. Son score s’est dégradé de 59.43 en 2025 à 58.11 en 2026.
«Ce qu’on retient, c’est qu’il y a des indicateurs du pays qui ont chuté fondamentalement. Le pays a perdu, en termes de score, 1.3 points», a signalé Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF. Pourquoi une telle contre-performance ?
Le blocage de l’aide à la presse
M. Marong évoque deux niveaux d’analyse. Et le premier reste le score économique «qui a fondamentalement baissé». Ce, du fait des difficultés auxquelles les organes de presse ont fait face ces dernières années, notamment avec le blocage de l’aide à la presse.
«Ceux qui observent comment les médias évoluent au Sénégal, peuvent se rendre compte, effectivement, que c’est très, très difficile, très compliqué. Les médias sont restés pendant deux ans sans recevoir de subventions publiques à la presse», souligne M. Marong.
La publicité publique aussi bloquée
A cela, s’ajoutent des difficultés d’accès à de la publicité, notamment des sociétés nationales et le fait aussi que certains médias, qui «devaient recevoir des paiements, notamment des commandes déjà faites, n’ont pas pu les recevoir». Des problèmes qui ont tiré le score sénégalais vers le bas.
A cet aspect économique, se greffent les difficultés entre les médias et les autorités publiques. Ce, notamment sur le plan légal, avec des journalistes et chroniqueurs qui ont défilé devant les enquêteurs. En 2024, les convocations n’étaient pas systématiquement suivies d’emprisonnement. Mais, en 2025 (sous revue) les choses ont vite changé.
Affaires Babacar Fall, Maïmouna Ndour…
«En 2025, la tendance est devenue compliquée avec beaucoup de convocations de chroniqueurs, de journalistes et d’arrestations. La tendance a été corsée avec des déferrements, des placements sous mandats de dépôt pour des journalistes et de chroniqueurs», regrette M. Marong.
Les interpellations musclées de Babacar Fall et de Maimouna Ndour Faye n’ont pas manqué d’être soulignées : «Il y a eu en 2025, des situations difficiles, avec les cas emblématiques de Maimouna Ndour Faye et de Babacar Fall», regrette M. Marong qui a dénoncé le fait que la police aille cueillir M. Fall jusque dans sa rédaction.
Mises en demeures, coupures de signaux…
En outre, Reporters sans frontière souligne que des mises en demeure du Cnra, notamment contre le groupe Futurs Médias, après des propos tenus dans l’émission Jakaarlo, sont des actes qui ne «se justifient pas». Il s’agit, selon lui, d’actes disproportionnés, comme le furent aussi les retraits de certaines chaînes de la TNT.
Quant aux points de Satisfaction, RSF cite le vote de la loi sur l’accès à l’information. Il se réjouit aussi de la possibilité des organisations de la presse à pouvoir attaquer des décisions de l’autorité. «Il y a eu des arrêtés, par exemple, sur la question des médias, entre guillemets conformes, qui a été attaqué. Et la Cour suprême a donné raison. Cela est important», applaudit M. Marong.
Les recommandations de RSF
En termes de recommandations, RSF suggère le renforcement des mécanismes d’autorégulation «pour éviter la criminalisation du journalisme». A ce niveau, il recommande de renforcer le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) et de lui permettre de s’occuper des plaintes contre les journalistes.
Il invite aussi les autorités à appliquer les conclusions des assises nationales des médias. « C’est un pays qui offre un cadre favorable, mais nous estimons effectivement qu’il est important de continuer à se parler entre médias et autorités», recommande M. Marong.
